Lille : Le virage d’une imprimerie familiale, après une success story de près de cent ans

Gilles Durand

PRIME D'ANCIENNETE - Devenue entreprise du patrimoine vivant, l’imprimerie lilloise Blas-Desmoutiez sauvegarde son savoir-faire

Bientôt centenaire, Blas-Desmoutiez fait encore bonne impression. « Il y a une trentaine d’années, le quartier de Lille-Wazemmes grouillait d’entreprises comme la nôtre. Nous sommes la dernière », glisse Sylvie Blas, ancienne gérante de l’imprimerie Blas-Desmoutiez. Ancienne, car la passation de pouvoir officielle doit se faire cette semaine.

Installée en 1928, il y a 91 ans, en face de son emplacement actuel, l’imprimerie a su rester artisanale et familiale. « Avec l’arrivée de l’offset 4 couleurs, les imprimeries se sont livrées à une véritable guerre des prix qui a fait dégâts. Nous avons préféré rester sur nos savoir-faire fondamentaux », raconte Sylvie Blas.

Un client au Mali

Bien leur en a pris. Grâce à internet, la petite entreprise de six salariés a même élargi son champ d’action à l’étranger. « Notre client le plus éloigné se trouve à Bamako, au Mali. On édite les diplômes d’une école de police », se félicite Bernard, mari de Sylvie.

Or la petite dynastie Blas-Desmoutiez vient de prendre fin. « Aucun de nos enfants ne souhaitait reprendre, mais nous restons quand même dans la continuité », souligne Sylvie Blas qui part en retraite avec son époux. Elle a choisi de passer la main à un de ses employés, Christophe Michel. A 46 ans, c’est une aventure périlleuse qui s’annonce pour lui.

Christophe Michel, nouveau gérant de l'imprimerie lilloise Blas-Desmoutiez, bientôt centenaire. - G. Durand / 20 Minutes

« J’éprouve une légère appréhension, mais ça fait un an et demi que le projet mûrit. Je maîtrise l’outil et je connais les clients », explique-t-il. Arrivé il y a huit ans, il a dû apprendre. « Travailler dans ce genre d’imprimerie nécessite un savoir-faire bien spécifique qui n’est plus enseigné dans les écoles ou les formations », avoue-t-il.

« La R & D, c’est dans la tête de tout le monde »

L’entreprise est enregistrée, depuis plusieurs années, comme appartenant au patrimoine vivant. Et c’est tout l’enjeu des années à venir : conserver les savoir-faire artisanaux comme la dorure à chaud ou le gaufrage qui donne du relief au papier, tout en gardant un œil sur les technologies nouvelles.

Dans ce petit atelier de 380 m², réparti sur deux étages, les machines anciennes côtoient les idées modernes. « Même si on aime le côté vintage, on reste à l’affût des évolutions numériques, note Sylvie Blas. Ici, la R & D, c’est dans la tête de tout le monde. »

Collaboration avec un laboratoire médical

Exemple, le contrat qui lie depuis plusieurs années l’imprimerie à un laboratoire médical qui teste des antibiotiques. « Nous avons conçu ensemble un buvard imprimé avec le nom de la molécule testée », raconte l’ancienne gérante.

Le secret de la réussite tient aussi au fait qu’une dizaine d’imprimeries artisanales nordistes se sont fédérés pour répondre au besoin de n’importe quel client. « Nous gardons des marchés de niche très particuliers auxquels nous sommes seuls à pourvoir répondre, comme, par exemple, la fabrication de faire-part de 5 mm d’épaisseur », glisse Sylvie Blas, confiante, elle aussi, en l’avenir.

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