LIGNE ROUGE - Marseille, la guerre de la drogue

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Ligne rouge - Marseille, la guerre de la drogue - BFMTV
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En plein cœur de l'été, la ville de Marseille a été marquée par une série inédite de règlements de compte sur fond de trafic de drogue. En l'espace de deux semaines, six personnes ont trouvé la mort et, sur une période de deux mois seulement, le bilan meurtrier de 2020 a été dépassé, avec 25 homicides. Lors d'une conférence de presse, Dominque Laurens, procureure de la cité phocéenne, avait dénoncé "une explosion du nombre d'affaires en deux mois."

Des homicides de plus en plus violents et nombreux

Parmi les affaires qui ont profondément marqué l'opinion publique, la disparition du jeune Rayanne, un jeune adolescent de seulement 14 ans tué cité des Marronniers. À l'antenne de BFMTV, sa tante, Laetitia, avait assuré que la jeune victime n'était "'pas un dealer ni un guetteur", "il était scolarisé. Il était juste parti profiter d'une soirée d'été en allant manger un sandwich avec un ami au pied de la cité", une affirmation par la suite confirmée par les forces de police.

Quelques jours plus tard, la vidéo horrifiante d'un enlèvement en pleine rue marseillaise par un commando avait été partagée. Malgré ses supplications, l'homme de 27 ans avait été retrouvé quelques heures plus tard, le corps carbonisé, dans le véhicule qui avait servi à son rapt. Du jamais-vu à Marseille.

Youssef, de son côté, est un miraculé. Surnommé l'Immortel, pseudonyme également donné à l'un des héros de la série Gomorra, il raconte à BFMTV avoir été visé par plusieurs tirs en août 2021 alors qu'il se rendait dans un café proche de son domicile. Après avoir reçu une balle de Kalachnikov, ce dernier parvient à retourner l'arme contre son agresseur avant d'être pris pour cible par un second tireur qui le touche à trois reprises au niveau du thorax. Après plusieurs jours en soins intensifs, Youssef s'en sort finalement, à l'inverse de son premier agresseur, qui a succombé à ses blessures. Le second tireur n'a quant à lui pas été interpellé.

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Des petites mains dans le réseau

Dans les faits, ces tragédies ont presque toutes pour théâtre ce qu'il est commun d'appeler les "quartiers nord" de Marseille, soit les XIIIe, XIVe, XVe et XVIe arrondissements de la ville, où 250.000 personnes vivent dans un milieu le plus souvent pauvre et difficile. Là, une centaine de points de deals sont répertoriés, dont les cinq plus importants représentent un chiffre d'affaires de 50.000 à 80.000 euros quotidiens.

Pour faire tourner ces business juteux, les chefs de réseau n'hésitent ainsi plus à faire appel à des petites mains de plus en plus jeunes, le plus souvent des mineurs. "Comme tous les jeunes, on a besoin d’argent, on voit les autres qui s’habillent bien, nos parents font ce qu’ils peuvent, mais ils ne peuvent pas tout nous acheter", assure Rayanne, 14 ans, guetteur à proximité d'un point de deal, qui porte un regard tout à fait normal sur son "emploi." "Les médias parlent de 5000 euros par mois mais ça n'a rien à voir, les gens pensent que c’est facile, mais c’est dur, tu t’ennuies, tu travailles pour 100 euros par jour."

"Il nous arrive d’avoir des jeunes qui croient bien faire en s’insérant dans un réseau de trafic de stupéfiants, ils ont un emploi, des horaires, ils se lèvent le matin, c’est l’entreprise qui marche dans la cité. Il se normalise et pour lui c’est normal d’avoir de l’argent", confirme de son côté Karine Sabvourin, magistrate marseillaise.

Une situation extrêmement difficile pour les plus jeunes, d'autant que lors de moments de tensions entre différents quartiers, et donc différents dealers, ce sont ces derniers qui sont pris pour cibles en priorité. Pour lancer un message, le plus souvent, mais aussi parce que les chefs des réseaux restent pour leur part à l'abri. Ils sont ainsi bien plus difficiles à éliminer pour leurs rivaux.

La guerre policière

En parallèle de la guerre entre dealers, la police tente également d'endiguer l'avancée de trafic de stupéfiants à Marseille. Pourtant, la stratégie du pilonnage lancée en 2020 ne semble pas entièrement porter ses fruits puisque depuis cette date, le nombre de points de deal est passé de 156 à 160, selon la brigade des stupéfiants.

Il faut dire que ces points de deal extrêmement bien organisées fonctionnent comme n'importe laquelle des PME, avec une hiérarchie bien établie qui se divise le plus souvent en quatre parties. Dans un premier temps, les petites mains, les guetteurs également appelés "chouffe", les charbonneurs, ceux qui portent la drogue, les coupeurs, que l'on voit le moins souvent, et les chefs de réseau qui organisent le tout. Si l'un des deux premiers étages de cette pyramide tombe, ils sont immédiatement remplacés, ce qui rend extrêmement ardue la tâche des forces de l'ordre.

Toutefois, la police donne parfois des coups bien plus importants que d'autres. En 2013, dans le quartier de La Castellane, où son point de deal pesait 2000 clients quotidiens, 28 personnes avaient été interpellées, ainsi que des armes et 100 kilos de drogue saisis, tout comme l'ahurissante somme d'1,3 million d'euros en liquide.

À la tête de ce point de deal, un certain Nordine Achouri, dont le train de vie extrêmement luxueux - il possédait un cheval de course et passait le plus clair de son temps dans des hôtels de Monaco - a contribué à sa chute.

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Les promesses de Macron

Sur le terrain, nombreux sont les éducateurs à tenter de mener le dialogue. C'est le cas de Mohamed Benmeddour, qui espère auprès de notre caméra qu'"avec le temps, en faisant le rapprochement jeunes et police, il y ait un dialogue et à la fin les jeunes comprennent que le jeu n’en vaut pas la chandelle."

Mais le temps presse. Face à l'urgence de la situation marseillaise, Emmanuel Macron, lors d'un déplacement dans la cité phocéenne début septembre dernier, avait promis 150 millions d'euros et 200 agents supplémentaires d'ici 2022. Parallèlement, il avait également promis la rénovation de nombreuses écoles des quartiers nord ainsi que des transports en commun qui desservent ces derniers.

Une solution à court terme qui ne semble par réjouir entièrement. "Le phénomène ne sera pas résolu que par la police et la justice, la réponse doit être bien plus globale pour qu’ils aient un autre modèle social, un autre avenir", conclut à notre antenne la procureure de la ville, Dominique Laurens.

Article original publié sur BFMTV.com

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