Ligne 3919 sur les violences conjugales: l'appel d'offres contesté a été interrompu

Esther Paolini
·3 min de lecture
Le 3919, numéro spécialisé pour l'écoute des femmes battues, a reçu près de 24.000 appels en 2013. Un nombre en augmentation sur les 10 derniers mois de 2014. - Jacques Demarthon - AFP
Le 3919, numéro spécialisé pour l'écoute des femmes battues, a reçu près de 24.000 appels en 2013. Un nombre en augmentation sur les 10 derniers mois de 2014. - Jacques Demarthon - AFP

Le gouvernement a décidé d'"interrompre" la procédure contestée de marché public censée désigner l'opérateur gérant la ligne d'écoute 3919 pour les femmes victimes de violences conjugales, a annoncé lundi la ministre déléguée chargée du dossier, Élisabeth Moreno.

Le ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes "va réexaminer comment procéder à une redéfinition du mode de gestion" de ce service et "a décidé d'interrompre la procédure de marché public en cours", a-t-il précisé dans un communiqué.

"Victoire !"

La Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF), qui opère la ligne depuis 1992 et contestait vivement le lancement de cet appel d'offres, s'est déclarée "infiniment soulagée" de cette décision, obtenue "après trois mois de bataille".

"Victoire!" s'est également réjouie sur Twitter l'association "Osez le féminisme!". "C'était la seule décision raisonnable à prendre", a commenté de son côté la militante féministe Caroline De Haas, cofondatrice de "NousToutes".

La semaine dernière, la FNSF avait annoncé saisir la justice administrative pour tenter d'obtenir l'annulation de la procédure de mise en concurrence, et indiqué qu'elle ne comptait pas se porter candidate au marché.

Rendre le 3919 accessible 24h/24

Actuellement la FNSF est liée par une convention d'objectifs et de moyens à l'État qui finance 80% du budget de la ligne. Mais le gouvernement - qui souhaite, depuis le "Grenelle" contre les violences conjugales fin 2019, renforcer ce service et notamment le rendre accessible 24h/24 - affirmait jusqu'à présent qu'une procédure d'appel d'offres était indispensable pour des raisons juridiques.

A moyen terme, la ligne deviendra en effet assimilable à un service public, puisque l'État en définira les objectifs et les modalités, et la financera à 100%, faisait valoir le cabinet d'Elisabeth Moreno. L'idée était donc "en quelque sorte de nationaliser la plateforme d'écoute actuelle", soit "tout l'inverse de la privatisation ou de l'approche mercantile que certains ont pu dénoncer", a argumenté l'entourage de la ministre, rappelant qu'il n'avait "jamais été question de supprimer ou de remettre en cause" le 3919.

La FNSF avait dit voir dans l'appel d'offres une approche "mercantile", donnant la priorité selon elle à la quantité des appels traités plutôt qu'à la qualité de l'écoute des femmes en détresse.

Le gouvernement ne renonce pas

L'interruption de l'appel d'offres ne constitue "pas un renoncement" mais "la prise en compte de la nécessité de rassembler", a commenté le cabinet d'Elisabeth Moreno.

"L'objectif du gouvernement a toujours été, et demeure, de renforcer le service d'écoute et d'accompagnement. Il faut néanmoins savoir entendre les associations, qui font un travail remarquable, mais aussi les élus, qui sont en contact permanent avec les femmes victimes de violences", a ajouté l'entourage de la ministre.

Le ministère "va étudier dans les meilleurs délais, avec les associations et les élus locaux, toutes les options sur la manière de continuer à faire vivre et à améliorer le 3919."

"Nous sommes prêtes à entamer les discussions" avec le gouvernement, en vue d'aboutir à un service disponible 24h/24, a twitté la FNSF.

Article original publié sur BFMTV.com