Le lifting de fesses : l’opération "réservée aux Kardashian", une tendance dangereuse sur TikTok

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Le Brazilian Butt Lift (BBL), également appelé lifting brésilien : c’est le nom d’une opération de chirurgie esthétique en plein boom. Elle consiste à retirer de la graisse de certaines parties du corps pour l’injecter dans les fesses. Sur TikTok ou Instagram, de nombreuses célébrités et influenceuses publient ainsi des images de leurs fesses, avant et après opération. Mais celle-ci n’est pas sans risques, comme l’explique notre Observatrice.

Avant / après un lifting brésilien.

Avant / après un lifting brésilien.

Le Brazilian Butt Lift (BBL) est devenu si populaire que des vidéos humoristiques qui s’en moquent sont apparues sur TikTok fin avril, sous l’impulsion du créateur Antoni Bumba. Dans ces vidéos, qui comptabilisent plus de 186 millions de vues, les internautes se moquent du changement d’attitude des personnes qui se sont fait opérer : selon eux, c’est "l’effet BBL".

"L'effet BBL", dont se moque Antoni Bumba.

Cette internaute se moque aussi de "l'effet BBL".

Là encore, un internaute qui se moque de "l'effet BBL".

Mais cette opération de chirurgie esthétique peut engendrer des complications parfois très graves : infections au niveau des cicatrices, ou encore blocage de la circulation sanguine, lorsque la graisse pénètre dans le système sanguin. Ces dernières années, plusieurs femmes sont mortes à la suite de complications post-opératoires, dans différents pays. Rien que dans le sud de la Floride, aux États-Unis, 15 femmes sont récemment décédées selon la presse locale.

Notre Observatrice Helly Larson est danseuse et productrice de podcasts à New York. En 2019, elle a été opérée des fesses à Miami, capitale américaine de la chirurgie esthétique, car elle voulait faire avancer sa carrière de danseuse. Depuis, elle met en garde sur TikTok les femmes contre les dangers de cette opération.

Une vidéo de Helly Larson sur les dangers de cette opération de chirurgie esthétique.

"La principale raison pour laquelle j’ai réalisé un Brazilian Butt Lift, c’est les réseaux sociaux"

La principale raison pour laquelle j’ai réalisé un Brazilian Butt Lift, c’est les réseaux sociaux : sur TikTok, je n’arrêtais pas de voir des gens qui avaient réalisé cette opération, et je voulais leur ressembler. Avant, cette pratique semblait inaccessible, réservée à des célébrités comme les Kardashian. Désormais, sur TikTok, on voit tout le temps des personnes d’une vingtaine d’années ou à peine majeures qui ont réussi à se payer une opération : c’est devenu normal.

De très jeunes femmes montrent qu'elle se sont fait opérer sur TikTok.

Sur les réseaux sociaux, plein de jeunes femmes disent : “Il faut qu’on fasse ça dès qu’on aura 18 ans”, en mentionnant leurs amies. C’est alarmant, car le corps n’a même pas fini son développement à cet âge-là. Ce qui est triste également, c’est que les standards de beauté nous poussent à améliorer notre corps. Mais les personnes ayant les corps que nous idéalisons ne sont même pas nées avec ces corps : elles ont été opérées.

“C’est seulement le jour de mon opération que sont apparus les premiers signaux d’alarme”

Helly Larson a trouvé le médecin qui l’a opérée à travers une influenceuse, qui en avait fait la promotion sur YouTube. Elle a attendu des mois avant d’être opérée. Tout avait l’air normal... jusqu’au jour J.

C’est seulement le jour de mon opération que sont apparus les premiers signaux d’alarme. Dès que je suis arrivée à la clinique, je me suis immédiatement sentie comme un numéro. J’étais censée être opérée vers 10 heures, mais j’étais encore en salle d’attente à 14 heures. Mon médecin avait réalisé environ cinq Brazilian Butt Lifts avant moi. Je me suis dit que c’était vraiment juste une façon de gagner de l’argent.

Le personnel avait été très agréable jusqu’à ce que je paie, mais il s’est montré froid et distant à la clinique. Dans la salle d’attente, des femmes vraiment très grosses attendaient aussi pour être opérées, alors qu’il ne faut pas dépasser un certain IMC (Indice de Masse Corporelle) pour être opérée sans risques et pour que les effets durent. Mais les médecins les opéraient quand même, pour gagner de l’argent.

Je n’ai pas eu la force de faire marche arrière, et je n’avais pas envie non plus de perdre les 10 000 dollars que j’avais dû payer, il n’y avait pas de remboursement possible. Donc je me suis fait opérer. C’est une opération très invasive : le chirurgien utilise une tige métallique qu’il introduit dans la peau.

Brazilian Butt Lift.

Après l’opération, il y a la phase de cicatrisation, qui dure environ un an. Ça a été la pire expérience de ma vie. J’ai eu du sang dans mon lit, à cause des cicatrices qui saignaient, et j’ai eu des bleus sur tout le corps durant des semaines. Durant cette phase, je pleurais, je demandais à ma mère pourquoi je m’étais fait opérer, et j’étais en colère d’avoir fait ça pour améliorer mon apparence. Quand on ne peut plus utiliser son corps, quand on souffre autant, on se sent très mal.

Du sang, après une opération de lifting des fesses.

“Les corps que l’on voit sur les réseaux sociaux n’existent pas”

Selon Helly Larson, les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans l’augmentation du nombre de Brazilian Butt Lifts, notamment car ils permettent aux internautes d’éditer les photos de leurs corps avant de les publier, comme Instagram et Facetune. Les liftings de fesses correspondent donc à une tentative de recréer les corps tels qu’ils apparaissent sur les réseaux sociaux, après avoir été édités.

Instagram en particulier m’a complètement poussée à vouloir changer mon corps : je ne me sentais pas assez bien et je me comparais à des photos éditées tous les jours. Mais les corps que l’on voit sur les réseaux sociaux n’existent pas : ils sont très largement édités.

Ici, Helly Larson dénonce les filtres des réseaux sociaux.

Il est possible d'éditer les photos de corps sur les réseaux sociaux, ce qui peut avoir des effets stupéfiants.

Quand j’ai été opérée, je me suis rendue compte que les gens se faisaient parfois opérer une première fois, puis une deuxième, voire une troisième fois, et qu’ils retouchaient leurs photos ensuite. Même les médecins partagent les photos retouchées par les filles.

Durant la pandémie, c’est devenu encore pire : on a fait encore plus de “selfies”, on a passé encore plus de temps sur TikTok… Et je pense que ça va encore empirer.

Il faudrait que les femmes ressemblent à ce qu’elles veulent, au lieu d’avoir des tendances qui durent quelques années et qu’elles tentent de suivre. Mais ça voudrait dire que les gens qui les opèrent doivent accepter de ne plus gagner d’argent comme ça, ce qu’ils ne sont sûrement pas prêts de faire.

Selon un groupe de travail composé de membres de plusieurs organisations, dont la Société internationale de chirurgie esthétique plastique, une personne sur 3 000 meurt après avoir subi un Brazilian Butt Lift, ce qui en fait l’opération de chirurgie esthétique la plus dangereuse actuellement. La plupart des décès ont lieu en République Dominicaine, au Mexique ou encore en Turquie, où les opérations sont moins chères. Parfois, ceux qui pratiquent ces opérations ne sont même pas autorisés à les faire, voire ne sont même pas chirurgiens.

Ces opérations, dangereuses, sont pratiquées dans différents pays.

Les médecins conseillent d’ailleurs aux gens qui veulent se faire opérer de se renseigner d’abord, par exemple sur certificationmatters.org ou sur le site Internet du Conseil américain de la chirurgie plastique, pour voir les diplômes des médecins dans certains domaines précis.

Par ailleurs, le groupe de travail a publié un document pour avertir les chirurgiens réalisant des Brazilian Butt Lifts des risques encourus par ces opérations, et pour leur donner des conseils, afin d’augmenter la sécurité des patients.

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