L'IEP de Grenoble dénonce une décision "politique" après la suspension de financements régionaux

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Sciences Po Grenoble - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Sciences Po Grenoble - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

La direction de Sciences Po Grenoble a regretté mardi la décision "politique" du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, de suspendre les financements de la collectivité à l'école, sur fond de débat autour la liberté d'expression.

La décision de sanction financière est intervenue après un arrêté interne visant Klaus Kinzler, un professeur d'allemand accusé d'"islamophobie" en début d'année et suspendu lundi de ses fonctions par la direction de l'IEP pour avoir tenu, depuis, des "propos diffamatoires".

L'affaire a suscité mardi une cascade de prises de position, de Marine Le Pen à Eric Zemmour en passant par Valérie Pécresse.

Des accusations "ineptes" pour l'IEP

Qualifiant la décision de Laurent Wauquiez de "regrettable", la direction de l'IEP précise dans un communiqué mardi que "le soutien financier de la Région (...) ne consiste pas en des subventions mais essentiellement en l'attribution de bourses aux étudiants".

"Cette décision semble par ailleurs motivée par un motif politique", ajoute le texte appelant le président de la région à "revenir sur sa décision dans l'intérêt des étudiants".

"L'IEP de Grenoble-UGA fait désormais l'objet d'accusations ineptes de 'dérive idéologique et communautariste', de 'wokisme' ou encore de 'cancel culture', qui n'ont aucun fondement", poursuit le communiqué.

Le "wokisme" est un terme anglo-américain utilisé péjorativement pour définir la pensée des progressistes défendant les minorités, la "cancel culture", répandue sur les réseaux sociaux, vise à "effacer" des propos jugés polémiques et pousser leurs auteurs à s'excuser.

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La classe politique divisée

La sanction de Laurent Wauquiez, selon lequel "les militants de théories 'woke', de l'écriture inclusive, ou de pratiques communautaristes, ont aujourd'hui confisqué le débat" à Sciences-Po, a été saluée d'un "Bravo !" par la présidente du RN Marine Le Pen sur Twitter.

"Laurent Wauquiez a parfaitement compris comment couper court à l'infiltration de nos grandes écoles par l'islamo-gauchisme: en commençant par fermer le robinet du financement public", a quant à lui twitté le polémiste Eric Zemmour.

Le groupe d'élus régionaux Les Ecologistes s'est dit "inquiet des dérives extrémistes de Monsieur Wauquiez", l'accusant dans un communiqué de "jouer aux inquisiteurs avec les encouragements d'Eric Zemmour".

La candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse s'est dite "inquiète de ce que la liberté d'expression ne soit plus assurée à l'IEP de Grenoble" sur Twitter. Olivier Vial, le président du syndicat étudiant de droite UNI a salué la suspension de financement "suite aux dérives communautaristes de l'établissement".

Des affichettes avaient visé le professeur

L'affaire est née fin 2020 quand Klaus Kinzler et une collègue historienne avaient échangé des courriels véhéments à propos d'une journée de débats intitulée "racisme, antisémitisme et islamophobie" en contestant cette formulation et en critiquant l'islam.

Le 4 mars, le professeur avait été, avec un autre enseignant, la cible d'affichettes l'accusant d'"islamophobie" placardées par des étudiants à l'entrée de l'institut et relayées sur les réseaux sociaux par des syndicats. A l'époque, la direction avait condamné "très clairement" ces affiches, tout en estimant que la façon dont Klaus Kinzler parlait de l'islam était "extrêmement problématique".

876450610001_6238804977001 Dans son communiqué mardi, la direction estime s'être tenue "sans réserve" aux côtés des deux professeurs incriminés et avoir pris "les mesures nécessaires" pour leur sécurité.

Lundi, Klaus Kinzler a été suspendu quatre mois, la directrice de l'IEP Sabine Saurugger lui reprochant des "propos diffamatoires" dans des interviews accordées début décembre à différents médias.

Article original publié sur BFMTV.com

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