Libye: plusieurs migrants tués par les gardes d'un centre de détention

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Six migrants originaires d'Afrique subsaharienne ont été tués par balles par les gardes libyens d'un centre de détention à Tripoli, selon le bureau de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Des médias locaux ont rapporté que des centaines de migrants s'étaient évadés de ce centre surpeuplé.

Des gardes libyens ont tué, vendredi 8 octobre, par balles six migrants africains dans un centre de détention à Tripoli, a indiqué l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), dénonçant des conditions de vie "terribles" dans ce lieu surpeuplé.

Des médias libyens ont rapporté, vidéos à l'appui, que des centaines de migrants s'étaient évadés du centre sans faire état des tirs meurtriers dans le complexe.

"C'est en lien avec l'entassement des migrants"

L'incident s'est produit dans le centre de détention d'Al-Mabani où sont détenus quelque 3 000 migrants, a indiqué le responsable de l'OIM, Federico Soda. "Six migrants au total ont été tués par les gardes." "Nous ne savons pas ce qui a provoqué l'incident, mais c'est en lien avec l'entassement des migrants qui vivent dans des conditions terribles et tendues", a-t-il ajouté. "Beaucoup de migrants se sont évadés pendant le chaos."

Selon Federico Soda, le centre de détention Al-Mabani a une capacité d'accueil de 1 000 détenus, mais plus de 3 000 s'y entassent, dont environ 2 000 hors du bâtiment principal, mais dans le périmètre du complexe. "Leur détention est arbitraire. Nombreux d'entre eux ont des papiers en règle mais sont bloqués dans le pays", a-t-il affirmé.

La Libye est un important point de passage pour des dizaines de milliers de migrants, majoritairement issus de pays d'Afrique saharienne, cherchant chaque année à gagner l'Europe par les côtes italiennes, distantes de quelque 300 km des côtés libyennes.

Plusieurs ONG et agences onusiennes dénoncent régulièrement les conditions déplorables dans les centres de détention en Libye, où passeurs et trafiquants ont profité ces dix dernières années du climat d'instabilité ayant suivi la révolte de 2011, faisant de la Libye la plaque tournante du trafic d'êtres humains sur le continent.

Des "crimes de guerre" et des "crimes contre l'humanité" commis en Libye

Début octobre, une opération "anti-drogue" menée par les autorités libyennes dans un faubourg de Tripoli, qui a ciblé principalement des migrants en situation irrégulière, a fait un mort et au moins quinze blessés, selon la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul). Au moins 5 000 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtées, selon Médecins sans frontières (MSF).

Lundi, une mission d'enquête d'experts de l'ONU a publié un rapport dans lequel elle a dénoncé des "crimes de guerre" et des "crimes contre l'humanité" commis en Libye depuis 2016, en particulier contre les migrants.

Les migrants sont soumis à toutes sortes de violences "dans les centres de détention et du fait des trafiquants", selon le texte. "Notre enquête montre que les agressions contre les migrants sont commises à une large échelle par des acteurs étatiques et non-étatiques, avec un haut degré d'organisation et avec les encouragements de l'État – autant d'aspects qui laissent à penser qu'il s'agit de crimes contre l'humanité".

De plus en plus de morts en Méditerranée

De nombreux drames de l'immigration clandestine se sont produits en partance de Libye. Le dernier date de mardi quand les corps sans vie de 17 migrants ont été découverts sur la côte ouest libyenne après le naufrage de leur embarcation.

Le nombre de migrants morts en mer en tentant de rejoindre l'Europe a plus que doublé cette année par rapport à la même période en 2020, selon des chiffres de l'OIM publiés en juillet. En septembre, l'OIM a dénombré 1 369 migrants morts noyés en Méditerranée depuis de début d'année.

La Libye tente de tourner la page d'une décennie de chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi tué lors d'une révolte populaire. Surmontant les années de conflit, un gouvernement de transition a été installé en mars, sous l'égide de l'ONU, pour mener le pays vers des élections prévues en décembre et en janvier, mais qui restent hypothétiques en raison de la persistance des divisions.

Avec AFP

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