Libye: une opération «Volcan de la colère» composée de milices hétéroclites

Les forces armées du gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale, ont fait reculer, mardi, les troupes de Khalifa Haftar de plusieurs dizaines de kilomètres sur le front sud-ouest. Les regards se tournent maintenant sur l'autre importante zone de combat qui se déroule au sud-est. En attendant une offensive d'envergure, attendue dans les prochains jours, voire les prochaines heures de la part des deux camps pour forcer leur destin, les combattants fidèles à Tripoli tiennent leur position malgré les difficultés. Reportage.Houssein Mansouri veut à tout prix déloger le sniper qui se situe pourtant à plus d’un kilomètre : « Le sniper qui vient de nous tirer dessus est dans ce building. Je l'ai vu, mais il y a une famille à l'intérieure, je ne peux pas viser. »Au-delà de l'immeuble en question, c'est le carrefour qui fait la jonction entre Ayn Zara et Wadi al-rabi qui est en jeu. Qui le détient a le contrôle de l'accès sud-est de Tripoli. La présence de civiles dans la zone empêche l'utilisation d'armes lourdes.Pourtant Houssein Mansouri, comme ses camarades des unités pro-gouvernement de Tripoli, aimerait en finir au plus vite, craignant la puissance de feu de l'ennemi. « Haftar possède des tanks modernes, dit-il, des T72 et T92, des missiles Grads, des avions, des hélicoptères... Il utilise des armes modernes que je n'avais vues que dans les films d'action. »Surtout, ces combattants s'insurgent d'être assimilés à des terroristes. « Haftar prétend qu'il veut combattre les terroristes. Je le combats. Est-ce que je ressemble à un terroriste ? » Mouath Cherif est venu au front malgré sa jambe droite amputée alors qu'il combattait l'État islamique à Syrte en 2016.

Près de trois semaines après le début de l'offensive de Khalifa Haftar sur Tripoli, les défenseurs tiennent le choc. Les combattants partisans du gouvernement d'union nationale de Fayez al-Sarraj se sont rassemblés sous l'opération « Volcan de la colère ».

« Volcan de la colère », c’est le nom de l’opération sous lequel se sont rassemblés les combattants liés au gouvernement d’union nationale basé à Tripoli. Mais cette unité sémantique ne doit pas cacher l’aspect hétéroclite de ses hommes qui se battent sous les couleurs de leurs brigades locales.

A ce jeu, la ville de Misrata est, une nouvelle fois, la mieux organisée avec ses milices les mieux armées et le plus nombreuses, mais aussi sa logistique, notamment médicale.

Depuis vendredi, le centre de cardiologie de la ville de Tajoura a pris des accents misratis. Des spécialistes en orthopédie, en traumatologie ou encore en chirurgie vasculaire sont arrivés de la ville de Misrata pour gérer la partie de l'hôpital dévolu aux combattants blessés.

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Les blessés appartiennent justement pour la plupart aux puissantes brigades de Misrata. C'est la coalition al-Bunyan al-Marsous, celle qui a largement participé à la défaite de l'organisation État islamique à Syrte en 2016 qui a été envoyée défendre le front de Wadi Rabi, au sud-est de Tripoli et à moins de 30 km de Tajoura.

Autrement dit, Misrata n'a pas fait qu'envoyer des milliers d'hommes répartis dans une centaine de brigades pour défendre Tripoli contre Haftar. Le conseil militaire de la ville a également envoyé ses médecins volontaires.

L'un d'eux, Mohamed Amer, convient d'ailleurs que sitôt stabilisés, les patients sont envoyés dans un hôpital à Misrata. « Nous avons reçu samedi soir quinze patients, rapporte-t-il. Ils ont différentes blessures. Deux ou trois étaient gravement blessés et deux sont morts. Beaucoup de patients ont été envoyés à l'hôpital de Misrata. Maintenant, il ne reste que cinq blessés dans cet hôpital. »