Libye: le ministre de l'Intérieur du gouvernement de Tripoli en visite en France

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Fathi Bachagha, le ministre libyen de l’Intérieur du gouvernement d’entente nationale (GNA), effectue une visite de trois jours à Paris.

Arrivé le 18 novembre, Fathi Bachagha a été reçu le lendemain par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, ainsi que par son homologue, Gérald Darmanin. D’autres rencontres sont prévues ce 20 novembre au ministère de la Défense. Fathi Bachagha est un poids lourd à Tripoli et l'un des acteurs clés de la scène libyenne. Il dit répondre à l’invitation de la France alors que nombreux sont ceux dans le camp de l’ouest libyen à contester cette visite.

La France, en recevant Fathi Bachagha, l’homme de la Turquie et l’un des hommes clef en Libye, tente-t-elle de reprendre de son influence à Tripoli ? Les multiples entretiens de Fathi Bachagha à Paris s’inscrivent dans le cadre de « contacts plus larges avec les Libyens » visant à une pleine mise en œuvre du cessez-le-feu, indique le ministère des Affaires étrangères, qui récuse tout tournant diplomatique

Alors que la France est accusée de parti pris en Libye et qu’on lui reproche d’avoir longtemps soutenu l’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, face au gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU, le chef de la diplomatie française évoque « le soutien de la France au processus politique et la poursuite du dialogue interlibyen pour appliquer l’accord de cessez-le-feu ».

« Signes ecourageants »

La France qui a perdu de son influence en Libye, cherche à rééquilibrer ses rapports avec les différentes parties. Après avoir soutenu le maréchal Khalifa Haftar, elle tente de garder la main, et pointe les « signes encourageants ». Elle invite donc l’homme fort de l’ouest libyen, une personnalité clé à Tripoli, qui était jusqu’à présent farouchement opposé à la France.

En se rendant à Paris, après être allé au Caire début novembre, Fathi Bachagha semble vouloir tourner la page. Il « veut être perçu comme étant soutenu pour qu’il puisse devenir Premier ministre », estiment plusieurs observateurs. Mais « le fait d’inviter quelqu’un à Paris, ce n’est pas l’adouber », insiste-t-on au Quai d’Orsay,

Appuyé par la Turquie et par les Etats-Unis le nom de Fathi Bachagha revient souvent pour figurer parmi les successeurs du Premier ministre démissionnaire Fayez el-Sarraj afin de conduire la nouvelle période de transition qui doit préparer les élections de 2021. Avant sa tournée, Fathi Bachagha, cet ancien chef de milice à Misrata qui se présente comme la meilleure alternative à l’actuel Premier ministre, avait procédé à plusieurs arrestations à Tripoli dont celle d’un fameux trafiquant d’êtres humains, ce qui lui a valu les félicitations de Paris.

« Nous avons insisté pour que la France révise sa position en Libye » avait tweeter Fathi Bashagha avant de corriger: « nous avons insisté pour un rôle positif de Paris en soutien au dialogue politique ».

Quant à la rencontre avec son homologue français, Gérald Darmanin, le ministre libyen de l’Intérieur dit avoir discuté de coopération sécuritaire, des migrations et de lutte contre le terrorisme. « La France va nous fournir une aide technique et matérielle », a tweeté Fathi Bachagha évoquant également la formation de forces sécuritaires par la police française. Des accords sécuritaires ont été signés avec des sociétés françaises spécialistes dans le domaine de la sécurité, notamment pour l’identification biométrique de personnes.

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