La liberté d'expression étouffée en Russie

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Un prix Nobel pour le rédacteur en chef de l’un des derniers médias indépendants en Russie, et quelques heures plus tard en Russie, neuf personnes ou organisations ont été classées « agents de l’étranger » : parmi elles des médias et journalistes à nouveau, dont un de la BBC. Ils viennent rejoindre aussi des ONG, comme OVD-Info, l'une des meilleures sources en Russie pour comptabiliser les arrestations lors de manifestations d'opposition. Mais médias et ONG ne sont plus les seuls dans le viseur du pouvoir, l’expression de la société civile commence aussi à être sérieusement muselée.

Avec notre correspondante à Moscou, Anissa El Jabri

L'argument brandi par les autorités n’est plus simplement un financement qui serait venu de l’étranger mais désormais ce qui peut être dit. Il y a moins d’une semaine, le FSB en Russie a publié une liste de 60 sujets qui ne doivent pas être abordés, sous peine d’être classés « agents de l’étranger ».

La liste des domaines s'allonge...

Deux domaines sont concernés : l’armée et l’espace. Il est par exemple désormais interdit d’évoquer un problème technique ou économique lié au spatial, interdit aussi de donner des informations sur le climat moral et psychologique dans l'armée russe, message bien reçu par le Comité des mères de soldats. La célèbre organisation de défense des droits des hommes en uniforme depuis trente ans s’est dissoute cette semaine.

Menace claire aussi sur les critiques sur les élections : « Nous porterons plainte devant la justice pour tous ceux qui répandent des mensonges et des calomnies sur les dernières élections législatives », a déclaré la présidente de la Commission électorale en début de semaine.

Analystes, témoins ou simples citoyens, ils sont nombreux désormais à courir des risques.

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Le travail de plus en plus difficile de Novaïa gazeta

Le journaliste russe Dmitri Mouratov a décidé de dédier son prix Nobel de la paix au journal dont il est le rédacteur en chef, Novaïa gazeta, et à ses collaborateurs assassinés pour leur travail et leurs enquêtes. Depuis les débuts du journal que Dmitri Mouratov a fondé il y a 28 ans, six journalistes et contributeurs ont été tués.

Novaïa gazeta reste régulièrement la cible d'intimidations et d'attaques. Ces dernières années, ce journal a publié des enquêtes sur les agissements de groupes paramilitaires russes ou encore les persécutions des minorités sexuelles en Tchétchénie. Sur tous ces thèmes, le journal collabore régulièrement avec l’ONG de défense des droits de l’homme Memorial.

« Hier, nous nous sommes vus avec Dimitri Mouratov pour une toute autre occasion, pour le 15e anniversaire de la mort d’Anna Politkovskaïa, raconte Alexandre Tcherkassov, l’un des membres fondateurs de l’ONG, au micro d’Anastasia Becchio. Dans la rédaction de Novaïa gazeta, ils ont inauguré une salle, là où travaillait Anna Politkovskaïa, qui est désormais dédiée à l’enquête sur son assassinat qui n’est toujours pas terminée et que la rédaction a la ferme intention de mener à son terme. C’est là l’une des missions de tout journalisme d’investigation normal : enquêter, trouver la vérité. C’est justement ce que fait Novaïa gazeta sous la direction de Dimitri Mouratov depuis déjà 28 ans. Au cours de cette période, il y a eu beaucoup de pertes, parce qu’Anna Politkovskaïa n’est pas la seule journaliste de la rédaction à avoir été tuée. La liste, malheureusement, est longue. Mais en dépit de cela, Novaïa gazeta continue son travail et parvient à survivre, dans des conditions de plus en plus délicates. Ce prix à Mouratov, c’est un prix et à Novaïa gazeta et à tous les journalistes honnêtes de Russie qui se battent pour que la Russie soit libre et que la presse soit libre ».

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