Liban: violents affrontements entre la police et des étudiants en colère à Beyrouth

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Des milliers d’étudiants libanais ont défilé dans les rues de Beyrouth ce samedi pour protester contre la hausse importante des frais universitaires. Des affrontements ont éclaté entre les jeunes en colère et les forces de l’ordre.

Avec notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

Après avoir sillonné le célèbre quartier commerçant de Hamra dans la partie ouest de Beyrouth, la manifestation estudiantine s’est scindée en plusieurs cortèges plus ou moins importants. Des affrontements sporadiques ont opposé des groupes aux forces de l’ordre dans certaines rues.

Le cortège le plus imposant s’est dirigé vers l’Université américaine de Beyrouth, l’AUB, premier établissement à avoir augmenté ses frais de 160 %, ouvrant la voie à la plupart des universités privées qui lui ont emboité le pas.

Après un face-à-face très tendu avec la police anti-émeute, de violents affrontements ont éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre qui ont tiré des bombes lacrymogène pour tenter de disperser les étudiants en colère.

L’armée libanaise s’est déployée en formant un mur devant l’entrée principale de l’AUB pour empêcher la foule d’investir cette prestigieuse université dont le campus, qui s’étend sur plusieurs hectares en face de la corniche du bord de mer, occupe près de 5 % de la superficie de la capitale.

Ironie du sort : la direction de l’Université américaine, qui était à la pointe du mouvement de contestation il y a un peu plus d’un an, en appelant les étudiants à y participer massivement, a aujourd’hui besoin de la protection des forces de l’ordre contre la colère de cette même jeunesse.

Les étudiants ont également laissé éclater leur colère contre les banques, qui imposent depuis un an de sévères restrictions pour tout retrait d’argent. Plusieurs succursales ont été incendiées. Des centaines de parents d’étudiants libanais à l’étranger se sont joints à la manifestation pour protester contre le refus des banques de procéder à des virements à leurs enfants.

Cependant, au-delà de la hausse vertigineuse des frais universitaires, le mouvement a pris une dimension éminemment politique. Les slogans brandis lors de la manifestation de samedi ne trompent pas. La foule a demandé « la chute du régime », l’édification d’un « État libre et laïque », « le jugement des corrompus ». Les mêmes demandes formulées depuis plus d’un an par le mouvement de contestation, qui s’est essoufflé ces derniers mois.

Cette manifestation intervient alors que les partis traditionnels ont été battus lors des élections estudiantines dans les grandes universités privées, où des coalitions laïques inspirées du mouvement de contestation l’ont emporté.