Liban: Saad Hariri désigné Premier ministre pour former un nouveau gouvernement

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Après des consultations parlementaires contraignantes menées par le président Michel Aoun, Saad Hariri a de nouveau été désigné Premier ministre. Il va devoir s'accorder avec les différentes forces politiques du pays pour former un gouvernement à même de mener les réformes nécessaires pour sortir le pays de la crise.

Un an après le début des protestations populaires qui l’avait poussé à la démission, voilà de nouveau Saad Hariri choisi pour former un gouvernement. Le nouveau Premier ministre a été élu par les députés à une très courte majorité : 68 voix sur 128, et 53 abstentions.

Premier ministre trois fois en 2009-2011 puis à partir de 2016, le chef de file du Courant du futur, sunnite, revient donc aux affaires alors que la rue réclame des nouvelles têtes, un changement total de système depuis des mois. Son prédécesseur, Moustapha Adib, qui avait été désigné le 31 août, a jeté l'éponge un mois plus tard sans avoir pu surmonter les rivalités entre partis politiques.

Le Liban traverse une grave crise politique, économique et a été traumatisé par l'explosion du 4 août à Beyrouth, qui a mis en lumière l'incurie de la classe politique dans le pays. Depuis ce drame, les dirigeants libanais étaient sous pression de la communauté internationale, notamment de la France, pour trouver une solution de sortie de crise. Mais les partis se sont entredéchirés et beaucoup de temps a été perdu.

Saad Hariri promet un « gouvernement d'experts » en accord avec « l'initiative française » et s'engage « à former un gouvernement rapidement, car le temps presse et le pays est confronté à son unique et dernière chance ».

« C'est comme ça, le Liban : on ne peut rien changer »

Mais dans les rues de Beyrouth, la lassitude domine, constate notre correspondant Noé Pignède. Youna, 38 ans, hausse les épaules. « Il n'y a plus rien à dire. C'était prévu, quelque part. Il faut que le peuple les fasse partir. Mais ils ne vont pas partir comme ça, ça fait 30 ans qu'ils sont ancrés dans leur crasse. Ils sont forts, ils bénéficient d'un soutien populaire qu'on ne peut pas nier, mais une partie de la population en a vraiment marre. Soit on va partir ailleurs, soit on va réussir à faire quelque chose, mais ça prendra du temps. »

Cette mère de deux enfants croit encore à un changement par les urnes aux prochaines élections prévues en 2022. Un peu plus loin, Mohamed, est beaucoup moins optimiste. Pour ce quinquagénaire, Hariri ne parviendra pas à former un gouvernement. « Il ne va pas réussir. Il est avec son peuple sunnite. Le Liban est comme ça : les sunnites avec le Premier ministre, les maronites avec le président, les chittes avec Nasrallah et Berri. C'est comme ça, le Liban, on ne peut rien changer. On a essayé déjà Hariri, qu'est-ce qu'il va faire maintenant ? On a besoin de changement. »

Avec le retour aux affaires de Saad Hariri, le rêve d’un renouvellement de la classe dirigeante s’éloigne un peu plus. Et avec lui, l’espoir de sortir de la crise économique.