Liban: rencontre avec un changeur, à qui la grave crise financière profite

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Le Liban connaît l'une des pires crises financières de son histoire. Les salaires ont été divisés par dix, alors que la livre libanaise s’effondre face au dollar. Il est désormais presque impossible de retirer son argent des banques. En parallèle, le marché noir est en pleine expansion. Les commerces se basent désormais sur ce taux pour les transactions. Le taux officiel fixe de 1 500 livres pour 1 dollar n’est plus qu’un lointain souvenir, le dollar s’échangeant en réalité pour environ 13 000 livres sur le marché noir. Rencontre avec un changeur, non officiel, qui tire profit de cette crise.

Avec notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède

Une machine pour compter les billets, des dizaines de dollars sur un canapé, et un téléphone qui n’arrête pas de sonner : voilà à quoi ressemble le bureau de change illégal de Samer*. Depuis son luxueux appartement, il effectue des centaines de transactions par jour.. Son employé va ensuite livrer l’argent au domicile des clients.

« Ce sont des gens ordinaires, des entreprises qui veulent acheter des choses en dollars, des gens qui quittent le pays, et même des personnes qui occupent de gros postes au sein du gouvernement. Les banques ne parviennent plus à fournir suffisamment d’argent à leurs clients. Donc maintenant, les banques, c’est nous », explique-t-il.

À l’aide d’une application accessible à tous, Samer suis le taux de change en temps réel : « Là, un dollar se vend 12 700 livres et s’achète 12 800. Dessus, je prends une commission de 0,5%. C’est très faible. Mais on fait de l’argent, car on brasse de gros montants. »

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« Je me sens heureux et triste à la fois »

Ce commerce est très lucratif : cet ancien employé du secteur bancaire gagne aujourd’hui 10 000 dollars par mois. C'est 100 fois plus que le salaire moyen.

« La situation de 95% des Libanais empire, et en même temps, moi, je gagne bien plus d’argent qu’avant. Donc je me sens heureux et triste à la fois. Heureux parce que je peux survivre, garder mon niveau de vie. Mais triste de voir les gens mourir de faim », confie Samer, avant de répondre à un nouvel appel téléphonique.

Récemment, le président Michel Aoun a accusé les changeurs d’être en parti responsables de la dépréciation de la livre libanaise. « Faux », répond Samer, qui assure que le taux du marché noir reflète peu ou proue la réalité d’une économie à bout de souffle.

*Le nom a été modifié, l’homme risquant la prison s’il est arrêté.