Liban: les réseaux sociaux, caisse de résonance de la colère des manifestants

Depuis le 17 octobre au soir, les Libanais expriment leur colère profonde contre la classe politique qu’ils accusent de corruption. La décision du gouvernement d’imposer une taxe de six dollars par mois sur Whatsapp et d’autres messageries électroniques est la goutte qui a fait déborder le vase, jetant dans la rue des dizaines de milliers de personnes excédées par la détérioration de leurs conditions de vie.

Ils étaient encore des dizaines de milliers de manifestants à occuper les places des grandes villes libanaises dimanche 20 octobre, dans une ambiance festive. Loin de s’essouffler, le mouvement prend de l’ampleur et s’organise. Pourtant, il ne semble pas avoir de chef ou de meneur.

Le début de la contestation est un exemple type d’un événement initié par les réseaux sociaux, qui ont devancé les médias traditionnels. Tout a commencé spontanément, jeudi 17 octobre au soir, par des appels sur la toile à manifester pour dénoncer la décision du gouvernement de taxer Whatsapp. D’abord, une petite poignée de personnes s’est dirigée vers le centre-ville, puis au fil des minutes, grâce aux photos et aux commentaires postés surtout sur Facebook, le nombre de protestataires s’est mis à augmenter à vue d’œil. Avant même que les médias traditionnels ne se rendent compte que quelque chose d’important était en train de se produire, et se décident à couvrir les faits, la majorité des Libanais était déjà au courant de ce qui se passait et beaucoup d’entre eux avait décidé de réagir et de partager sur la toile.

Des hashtags ont amplifiés la mobilisation 

Quelques heures à peine après le début de la contestation, les Libanais se sont trouvé une icône, dont l’identité est restée inconnue. Une vidéo montrant une femme lançant un coup de pied dans l'entrejambe d'un garde ministériel armé d'un fusil automatique a été partagée jeudi soir de manière virale sur les réseaux sociaux. Un dessin représentant la scène a été partagé des milliers de fois.

Les hashtags apparus en français, en arabe et en anglais sur Twitter ont contribué à accroître la mobilisation. L’un des plus partagés, avec 150 000 apparitions, est le « Liban se révolte », en arabe. #Lebanonprotest est également très en vogue sur la toile au Liban et à l’étranger, et a contribué à mobiliser les communautés libanaise à Paris, Washington et d’autres villes dans le monde. Un autre hashtag, #Thathoweprotest est couplé à des images ou des vidéos montrant des scènes où les manifestants font preuve de civilité avec d’autres citoyens, comme ce groupe de jeunes gens essayant de calmer par une chanson un enfant effrayé, coincé dans une voiture avec sa maman au milieu d’un rassemblement. Ces hashtags et ces visuels font le tour de la toile et sont relayés par de célèbres blogueurs et blogueuses.

Réglements de compte politiques

Bien que le mouvement de contestation soit spontané, certaines forces politiques tentent de l’exploiter pour des règlements de compte et cela apparait forcément sur la toile. C’est toujours le cas dans des mouvements de cette ampleur. Il y a volonté claire d’associer le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah à la classe politique honnie par les manifestants. Le hashtag #Nasrallah en fait partie, en allusion à la classe politique. Il est apparu après un discours du leader du parti chiite samedi 19 octobre, dans lequel il s’est clairement opposé à la démission du gouvernement, tout en soutenant les revendications sociales des contestataires.

Ce hashtag est apparu plus de 4 000 fois sur Twitter. La toile s’est alors transformée en champ de bataille virtuel entre partisans et opposants à Hassan Nasrallah. Un autre hashtag « Nasrallah est notre confiance », s’est répandu comme une trainée de poudre, récoltant en quelques heures, plus de 40 000 partages.