Liban: l'Etat dénonce des "infiltrés" parmi les manifestants après les violences

Hachem OSSEIRAN
Liban: l'Etat dénonce des "infiltrés" parmi les manifestants après les violences

Beyrouth (AFP) - Les autorités libanaises ont dénoncé lundi la présence d'"infiltrés" parmi les manifestants et dédouané de toute responsabilité les forces de sécurité, après un week-end d'affrontements inédits depuis le début de la contestation, qui ont fait plus de 500 blessés.

Samedi et dimanche, la police anti-émeute déployée à près du Parlement dans le centre-ville de Beyrouth, a tiré des balles en caoutchouc, des grenades lacrymogènes et utilisé des canons à eau pour repousser les manifestants. Ceux-ci ont lancé pierres, pétards et panneaux de signalisation.

Au moins 546 personnes, des manifestants mais aussi des policiers, ont été blessées, selon des bilans de la Croix-Rouge libanaise et de la défense civile compilés par l'AFP. Des violences sans précédent depuis le début le 17 octobre d'une contestation contre la classe politique jugée corrompue et incapable de sortir le pays du marasme économique.

Des ONG et défenseurs des droits humains ont dénoncé un usage excessif de la force par la police, Human Rights Watch l'accusant d'avoir "tiré des balles en caoutchouc en visant les yeux".

Lundi, le président Michel Aoun a "salué les efforts" des forces de l'ordre lors d'une réunion de sécurité, selon l'agence officielle ANI.

Les participants, dont les ministres de la Défense et de l'Intérieur, ont évoqué "la présence d'éléments infiltrés parmi les manifestants qui ont recours à des actes de vandalisme et attaquent les forces de l'ordre", a indiqué une source gouvernementale.

Ils ont décidé des "mesures" non précisées pour "protéger les manifestants pacifiques, empêcher les agressions contre les propriétés publiques et privées, et neutraliser les fauteurs de troubles", a-t-elle ajouté.

- "Ils n'arrêtaient pas" -

A New York, l'ONU a jugé "la violence des manifestants et le vandalisme inacceptables", mais souligné la présence d'une "grande majorité de manifestants pacifiques qui doivent être protégés".

La France, se disant "préoccupée par les violences", a souligné la nécessité de manifestations "pacifiques". "L'urgence est qu'un nouveau gouvernement mette en œuvre un ensemble crédible de réformes (...)".

En trois mois de contestation, la colère n'a fait que croître parmi les manifestants qui fustigent l'inertie des dirigeants: la crise économique s'aggrave avec des licenciements en masse, des restrictions bancaires drastiques et une forte dépréciation de la livre libanaise face au dollar.

Sur les réseaux sociaux, des militants ont tourné en dérision le qualificatif d'"infiltrés".

Utilisant le hashtag #Jesuisinfiltré, des manifestants ont décliné leur nom et profession, revendiquant leur participation aux rassemblements.

Sur les violences policières, un manifestant de 22 ans, hospitalisé samedi, a raconté à l'AFP que les forces de l'ordre n'avaient "pas arrêté de (le) frapper" avant de se retrouver la tête en sang.

"Ils étaient quatre avec leurs matraques. Ils m'ont laissé souffler, puis ils ont repris les coups, avant de me traîner au sol", a poursuivi le jeune homme, s'exprimant sous couvert de l'anonymat par crainte de représailles.

Le Comité des avocats pour la défense des manifestants a affirmé que la "majorité" des contestataires brièvement interpellés samedi, avait été victime de "violences excessives".

- Appel à annuler une présence à Davos -

Alors que la mobilisation est restée globalement pacifique durant les trois premiers mois, les affrontements se sont multipliés la semaine dernière, des manifestants attaquant des banques.

Les Libanais sont également frustrés de la paralysie politique: le Premier ministre Saad Hariri a démissionné fin octobre et son successeur, Hassan Diab, désigné le 19 décembre, n'a toujours pas formé son équipe, les grands partis se disputant les portefeuilles.

Les manifestants en revanche réclament un gouvernement de technocrates, indépendants de l'actuelle classe dirigeante quasi inchangée depuis des décennies, de même qu'une amélioration des services publics quasi absents et la fin du chômage et de la corruption.

Enfin, deux pétitions ont été lancées pour réclamer l'annulation d'une intervention prévue jeudi au Forum économique mondial à Davos du chef de la diplomatie sortant Gebran Bassil, particulièrement honni par les manifestants.

"Le peuple libanais ne peut pas et n'acceptera pas qu'un ministre corrompu, raté et surtout évincé, porte sa voix sur une scène internationale", estime une pétition sur le site Change.org. qui a recueilli plus de 13.000 signatures.