Liban: élections législatives sous haute surveillance avec une sécurité renforcée

Les bureaux de vote ont ouvert dans un contexte sécuritaire renforcé au Liban où d’importantes mesures ont été prises pour assurer le bon déroulement, ce dimanche 15 mai, d'élections législatives jugées cruciales pour l’avenir du pays. Le Liban est frappé par la pire crise économique de son histoire, doublée d’un blocage politique qui empêche l’adoption de réformes réclamées par la communauté internationale pour débloquer une aide vitale au pays du cèdre.

avec notre envoyé spécial, Nicolas Falez et nos correspondants, Paul Khalife et Noé Pignède

Quelque 3,9 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche jusqu'à 19h00 (16H00 TU) pour renouveler les 128 membres du Parlement. Les résultats définitifs sont attendus lundi. Pour assurer la sécurité du scrutin, près de 25 000 soldats de l’armée et 15 000 policiers ont été déployés. Les électeurs votent dans des urnes différentes selon leur confession : maronite, chrétiens orthodoxes, musulman chiites ou sunnites, etc…

A Mazraa, quartier de Beyrouth, à la mi-journée, les bureaux de vote ne désemplissent pas malgré l'appel au boycott lancé par Saad Harriri, dont c'est l'un des bastions électoraux. Saad Harri : il y avait recueilli 44% des suffrages aux dernières élections en 2018. Le Courant du futur de Saad Harriri ne présente donc aucun candidat et même si beaucoup apprécient toujours l’ancien Premier ministre, les personnes avec qui nous avons discuté désapprouvent son choix de ne pas concourir car en l’absence du Courant du futur, le camp sunnite s’expose à un gros risque : l’éparpillement des voix entre les 11 listes qui se présentent dans cette circonscription de Beyrouth 2. « La plupart des gens sont déjà allés voter, et les autres le feront cet après-midi. Mais le principal problème, ce que nous sommes divisés. Tout le monde va voter pour des gens différents …. Donc le risque c’est de perdre ! Notre camp est déjà faible depuis 10-15 ans …. Donc bien sûr, ça me met en colère, car d’autres vont profiter de nos divisions. Nous tout ce que veut, c’est la stabilité. Et restez ici, plutôt que de partir vivre à l’étranger », nous explique Mohammad. Partir vivre à l’étranger : on l’entend, le reproche s’adresse directement à Saad Harriri, que beaucoup accuse ici, une fois le micro éteint, d’avoir abandonné le Liban. Les électeurs du quartier sunnite de Mazraa craignent, ce soir, d’assister à une forte poussée du tandem chiite Hezbollah-Amal, l’ennemi de toujours, qui lui a su rester uni pour ce scrutin.

Même circonscription de Beyrouth 1, mais autre quartier. Dimanche matin, des militaires libanais étaient déployés à l’entrée et à l’intérieur de l'école chrétienne du quartier de Gemmayzé.

Les électeurs qui viennent de voter sortent avec de l’encre violette sur un doigt pour éviter les fraudes. Une liste indépendante espère gagner un ou plusieurs sièges dans cette circonscription, c’est en tout cas ce que souhaite cette électrice libanaise qui a voté ici ce matin : « J'ai voté pour le changement, je ne veux plus voir les mêmes personnes au pouvoir, c'est fini ! ».

C'est la seule circonscription libanaise qui avait envoyé une députée indépendante au Parlement lors du précédent scrutin, il y a quatre ans. Cette fois les listes qui affirment incarner le changement espèrent faire beaucoup plus…

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Mais on croise aussi des électeurs qui votent pour les partis traditionnels, les partis confessionnels qui structurent la vie politique libanaise depuis des décennies, comme cet habitant de Beyrouth qui a voté pour la liste des Forces Libanaises, un parti chrétien radicalement opposé au Hezbollah chiite.

Autre quartier, dans la circonscription de Beyrouth 2, un quartier où flotte le drapeau jaune et vert du Hezbollah sur lequel un bras levé brandit un fusil-mitrailleur. Cet étendard du parti chiite, des enfants l’agitent par les fenêtres des voitures qui passent devant le bureau de vote et il y a foule en cette fin de matinée. Un homme sort du bureau de vote : Ali vient de voter pour Hezbollah, « c’est le seul parti qui empêche l’effondrement », assure t-il.

Un scrutin sous haute surveillance

L’armée est chargée de la sécurité à l’extérieur des bureaux de vote, alors que la police en garde les entrées. Une source militaire a indiqué à RFI que les mesures de sécurité seront renforcées d’une manière exceptionnelle à Tripoli, la deuxième ville du pays et dans certaines régions du nord du Liban, où les risques d’incidents semblent plus élevés qu’ailleurs.

Les réfugiés syriens enjoints de limiter leurs déplacements

Toujours dans la perspective des élections, tous les accès aux camps de réfugiés palestiniens seront fermés du samedi soir jusqu'au lundi 16 mai au matin. Cette décision inhabituelle a été annoncée par l’Organisation de libération de la Palestine, responsable de la sécurité des douze camps du Liban, qui abritent depuis 1948 quelque 200 000 réfugiés.

Le ministère de l’Intérieur a aussi interdit la circulation des motos le jour des élections. Cette mesure vise particulièrement les réfugiés syriens qui utilisent souvent ce moyen de déplacement. Les Syriens ont d’ailleurs été invités par les municipalités des localités où ils résident à limiter leurs déplacements le jour du scrutin.

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