Liban: lever les subventions aux produits de 1ère nécessité serait une «catastrophe»

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Le Liban continue de s’enfoncer dans la crise un an après l’effondrement économique et financier et le déclenchement du mouvement de contestation. Près de 60 % de la population y vit en dessous du seuil de pauvreté, soit le double de 2019. La forte dépréciation de la livre libanaise a provoqué une envolée des prix et une érosion des salaires. Or le gouvernement s'apprête à lever les subventions sur les produits de première nécessité.

De notre correspondante à Beyrouth,

Face à cette crise et pour soutenir les plus défavorisés, le gouvernement a mis en place il y a quelques mois un système de subvention des produits de première nécessité. C’est un mécanisme assez complexe qui a permis aux importateurs de produits alimentaires, de médicaments et de carburant de continuer à se procurer auprès de la Banque du Liban des dollars au taux officiel de 1 500 livres libanaises. Cela alors que sur le marché noir, le billet vert est échangé en moyenne à 8 000 livres.

Cette mesure a relativement stabilisé les prix d’un panier de plusieurs dizaines de produits jugés indispensables, mais à un coût très élevé assui est-elle. Mais cette mesure a presque asséché les réserves en devises de la Banque centrale. Celle-ci ne dispose plus que de 800 millions de dollars, qui suffisent à peine à financer les importations pour quelques semaines.

La politique de subvention désormais est sous le feu des critiques, parce qu’elle met sur un pied d’égalité les plus aisés et les moins nantis. Le soutien aux produits de consommation a également favorisé la contrebande et le stockage des marchandises par certains importateurs sans scrupule, provoquant régulièrement des pénuries.

La levée des subventions : une « catastrophe sociale »

La levée ou la réduction de ces subventions aurait un fort impact sur la population libanaise, déjà très éprouvée par la crise et par l’absence de filets sociaux. Les dirigeants syndicaux libanais et les représentants à Beyrouth de l’Unicef et de l’Organisation mondiale du travail mettent en garde contre ce qu’ils appellent une « catastrophe sociale ».

Le responsable de ce « Plan du Liban pour la réponse à la crise », Assem Abi Ali, qui est aussi conseiller du ministre des Affaires sociales, estime que 650 000 familles seraient affectées par la suppression ou la réduction des subventions.

Mais tous reconnaissent que l’État n’a plus les moyens, faute d’argent, de continuer à subventionner un panier de produits aussi fourni.

Une « rationalisation des subventions » en attendant les réformes

Comment donc sortir de cette situation et éviter cette « catastrophe sociale » annoncée ? Le Liban ploie sous des crises plus grandes que lui : L’État est impuissant, miné par la corruption et l’incompétence, et paralysé par les blocages politiques dus aux querelles entre les politiciens.

Depuis plusieurs semaines, les réunions se multiplient au plus haut sommet de l’État pour imaginer des solutions. L’idée-maîtresse est ce que le gouvernement appelle la « rationalisation des subventions ». Elle consiste en une révision du panier des produits subventionnés pour réduire la facture d’importation. La farine, le riz et les médicaments pour les maladies chroniques continueront à être soutenus. Le carburant aussi, mais sans doute dans une moindre mesure. Mais jusqu’à quand ?

Le Liban essaye aussi d’obtenir une aide de 250 millions de dollars auprès de la Banque mondiale pour mettre en place un filet social pour les plus défavorisés.

Mais seul un plan de réforme global appuyé par une aide internationale massive peur redresser le pays : les mesures ponctuelles, parcellaires, ne feront que retarder de quelques mois l’effondrement total. Et ça, tout le monde le sait au Liban.

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