Liban: Pas de perspective de sortie de crise après un entretien Aoun-Hariri

par Maha El Dahan et Laila Bassam
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LIBAN: PAS D'ACCORD SUR UN GOUVERNEMENT APRÈS UN ENTRETIEN AOUN-HARIRI

par Maha El Dahan et Laila Bassam

BEYROUTH (Reuters) - L'entretien organisé ce lundi entre le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri n'a pas permis de déboucher sur la formation d'un nouveau gouvernement au Liban et il a au contraire généré de nouvelles tensions entre les deux hommes, éloignant la perspective d'une sortie du pays de sa profonde crise politique, financière et sociale.

Contestée par une partie de la population qui l'accuse de corruption, de népotisme et d'incompétence, la classe politique libanaise ne parvient pas depuis fin 2019 à s'entendre sur un ensemble de réformes qui permettrait de débloquer une aide internationale dont le Liban a cruellement besoin.

"C'est une catastrophe pour le pays, nous ne tenions plus qu'à un fil mais maintenant on se dirige vers une faillite totale", a dit une source officielle à Reuters.

Michel Aoun a transmis un liste évoquant plusieurs scénarios pour parvenir à un gouvernement de 18, 20 ou 22 membres, à remplir avec des noms de ministres, a rapporté Saad Hariri à l'issue de cette rencontre.

Le dirigeant sunnite a ajouté devant les caméras que le chef de l'Etat, chrétien maronite, avait insisté pour que ses alliés politiques disposent d'une minorité de blocage au sein du gouvernement.

Michel Aoun est notamment allié au Hezbollah chiite.

"C'est inacceptable car ce n'est pas le travail du Premier ministre désigné de remplir les cases de quelqu'un d'autre ni au président de former le gouvernement", a dit Saad Hariri.

Dans un communiqué de la présidence libanaise, Michel Aoun a fait part de sa "surprise" face à ces déclarations et a affirmé que le principe d'une minorité de blocage ne figurait pas dans sa proposition.

La livre libanaise a accentué sa chute quand a été connue l'issue de cette rencontre, grimpant à plus de 13.000 pour un dollar sur le marché informel contre environ 11.000 auparavant dans la journée.

Cette crise financière constitue la plus importante menace pour la stabilité du Liban depuis la guerre civile de 1975-1990. Elle a provoqué un effondrement de la livre de quasiment 90% et fait basculer une grande partie de la population dans la pauvreté.

Le pays reste dirigé à titre intérimaire par le gouvernement d'Hassan Diab, qui a présenté sa démission à la suite de l'explosion dévastatrice survenue le 4 août au port de Beyrouth, laquelle a fait plus de 200 morts et a accentué la colère de la population.

Saad Hariri a été désigné en octobre pour former un gouvernement.

(Laila Bassam et Maha El Dahan; Version française Bertrand Boucey, édité par Myriam Rivet)