Liban: la contestation entre dans son quatrième mois, nouveaux rassemblements

Des Libanais scandent des slogans antigouvernementaux, à Beyrouth le 17 janvier 2020

Beyrouth (AFP) - Des centaines de personnes ont de nouveau manifesté vendredi au Liban, pays en proie à un mouvement de contestation entré dans son quatrième mois et dénonçant une grave crise économique et une classe politique accusée de corruption et d'incompétence.

Malgré les arrestations et les violences nocturnes des jours précédents, des centaines de contestataires se sont rassemblés en soirée à Beyrouth près du Parlement et de la Banque centrale, qu'ils jugent en partie responsable de la crise économique qui mine le pays.

Le Liban croule sous une dette avoisinant les 90 milliards de dollars (81 milliards d'euros), soit plus de 150% de son PIB, et la Banque mondiale a averti en novembre que le taux de pauvreté pourrait en arriver à englober 50% de la population, contre le tiers à l'heure actuelle.

Plus tôt dans la journée, des voitures étaient stationnées dès les premières heures du matin en travers de la chaussée sur un pont autoroutier surplombant le centre-ville de Beyrouth.

"Nous avons bloqué la route avec des voitures parce que c'est quelque chose qu'ils ne peuvent pas enlever", affirme à l'AFP Maroun Karam, un manifestant. "Nous ne voulons pas d'un gouvernement de politiciens "masqués"" en technocrates.

Appuyé contre sa voiture, Carlos Yammine, 32 ans, dit refuser un "partage de gâteau" entre les partis traditionnels pour la formation du gouvernement. "Nous réclamons depuis le début du mouvement un gouvernement d'urgence, réduit, transitoire avec des personnes indépendantes", a-t-il ajouté.

Le mouvement de contestation, déclenché le 17 octobre, réclame un cabinet de spécialistes indépendants du sérail politique, une revendication défendue par le nouveau Premier ministre Hassan Diab, qui a toutefois avoué subir des "pressions" de la part des partis ayant soutenu sa nomination.

M. Diab a été désigné le 19 décembre après la démission de Saad Hariri fin octobre, sous la pression de la rue.

La contestation a connu un regain cette semaine après une période d'essoufflement pour dénoncer le retard pris par le nouveau Premier ministre dans la formation d'un nouveau gouvernement.

Mardi et mercredi, la capitale a été le théâtre de violences nocturnes marquées par des actes de vandalisme contre plusieurs banques et de heurts entre manifestants et forces de l'ordre. En 48h, au moins 100 manifestants ont été arrêtés, ont indiqué jeudi des avocats à l'AFP.

La grande majorité des personnes arrêtées ont été relâchées jeudi.

Human Rights Watch (HRW) a dénoncé ces arrestations et l'usage de la force par les forces de l'ordre.

"Le niveau inacceptable de violence, le 15 janvier, contre des manifestants dans leur grande majorité pacifiques nécessite une enquête indépendante et transparente", a affirmé vendredi Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen-Orient de l'organisation de défense des droits humains.

Ailleurs dans le pays, des routes ont été bloquées vendredi dans plusieurs régions, notamment à Tripoli (nord) et dans la banlieue nord de Beyrouth, dont certaines ont été rouvertes par les forces de l'ordre, selon les médias locaux.

Des manifestations ont également eu lieu à Tyr (sud).