Liban: cinq suicides cette semaine à cause de la crise économique

Depuis le 17 octobre et le début d'un mouvement de contestation populaire inédit au Liban, la paupérisation de la population s’est considérablement accélérée, poussant des personnes au chômage, endettées ou déclassées au suicide.

De notre correspondant à Beyrouth,

Au Liban, la situation économique et financière déjà très précaire depuis des mois s’est rapidement dégradée depuis le mouvement de contestation qui a éclaté le 17 octobre. Les banques imposent des restrictions draconiennes pour tout retrait de liquidités. La monnaie nationale a perdu 30 % de sa valeur au marché noir et les prix ont augmenté. Résultat : des dizaines de milliers de salariés du secteur privé ont été licenciés en moins de deux mois.

Chômeurs et endettés au désespoir

Les conditions socio-économiques sont si catastrophiques que plusieurs personnes, poussées par le désespoir, ont mis fin à leur jour. Cinq suicides et trois tentatives de suicide pour raisons économiques ont été recensés par les autorités cette semaine. Dimanche dernier, un père de famille de 40 ans, endetté de 700 000 livres, soit près de 400 euros, s’est pendu, de désespoir de ne pas pouvoir donner à sa fille les quelques centimes nécessaires pour s’acheter une galette à thym à l’école.

Ce mercredi, deux hommes, dont un père de trois enfants, se sont également donné la mort. Le père de famille venait d’apprendre que son salaire allait être amputé de 50 %. Dans le sud du Liban, un homme au chômage depuis des mois a mis fin à ses jours et dans le nord, un homme et une femme ont chacun tenté de s’immoler par le feu, dans deux incidents séparés. À Saïda, au Sud, un chauffeur de taxi a voulu se jeter du haut d’un immeuble avant d’en être dissuadé par des proches et des voisins. Derrière ces actes, toujours la même explication : la difficulté de joindre les deux bout ou de subvenir aux besoins les plus élémentaires de la famille.

Élan de solidarité à travers le pays

Des appels à la solidarité sociale ont été largement diffusés dans les médias, et les réseaux sociaux ont rappelé l’existence d’un numéro vert pour la prévention contre le suicide.

Des initiatives associatives ou citoyennes ont vu le jour un peu partout : distribution gratuite de nourriture et de vêtements, conseils et soutien psychologique aux plus vulnérables ou encore aides financières. Des magasins et des restaurants distribuent gratuitement des produits de première nécessité aux plus pauvres, sont financés par des donateurs ou par des expatriés libanais.

Nichan, un célèbre animateur d’émissions télévisées, a même improvisé un mini-téléthon pour venir en aide à un père de famille dans le besoin, qui était interrogé en direct par une journaliste en marge d’une manifestation des contestataires.

Colère des manifestants

Malgré ces initiatives louables, aucune solution radicale n’a encore été proposée pour enrayer la paupérisation galopante de larges pans de la population libanaise. Cette série de suicides a provoqué la colère des manifestants qui en ont fait un de leurs principaux thèmes pour dénoncer le pouvoir, faisant assumer à la classe politique la responsabilité de ces drames.

« Pourquoi celui qui a provoqué tous ces suicides ne s’est pas donné la mort ? », pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les contestataires dans les différentes régions du pays, ou bien : « Combien de suicides vous faut-il encore ? ». Les autorités sont restées silencieuses.

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