Liban: à la rencontre d'une «clé électorale», intermédiaire qui paie les votants

J-2 avant les élections générales libanaises, dimanche 15 mai. Près de quatre millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour renouveler le Parlement. Mais le scrutin pourrait être entaché de fraudes. Beaucoup de candidats profiteraient du contexte de pauvreté généralisée pour acheter les votes des électeurs.

Avec notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède

Dans un pays miné par la corruption, les ONG tirent la sonnette d'alarme : selon l'Association libanaise pour la démocratie des élections, le clientélisme et les achats de voix seraient en hausse à l'aube des législatives.

L'homme que nous avons rencontré est ce qu'on appelle, au Liban, une « clé électorale ». Il travaille pour un candidat et cherche par tous les moyens à convaincre les électeurs de voter pour son patron. Mais quand on lui demande s'il achète des voix, il répond : « Non, on aide les gens, on n'achète pas des voix ». C'est juste le mot qui change ? « Oui ! »

Dans un Liban qui compte désormais 80% de pauvres, les électeurs désespérés sont très nombreux, d’après notre interlocuteur – dont la voix a été modifiée dans la version audio de cet article pour protéger son anonymat –, à vouloir vendre leur suffrage. « Il y a des gens qui aiment l'argent. Il y a des gens, les enfants sont à l'école, ils ne peuvent pas payer l'école. Il y a des gens qui ne peuvent pas manger. Ils veulent voter avec toi, mais ils ont besoin de ça, de ça, de ça. Moi, je les aide. À chacun cent dollars, pour vous aider un peu. »

« C'est facile d'acheter, mais ça coûte cher »

Cet intermédiaire raconte aussi avoir payé des frais d'hospitalisation, des pleins d'essence, ou encore des paniers de courses aux futurs électeurs de son patron. Et même s'il refuse de donner une somme, il assure disposer d'un budget très conséquent : « Il y a de l'argent, maintenant, plus qu'en Suisse ! C'est facile d'acheter, mais ça coûte cher. »

Plus il parviendra à rassembler d'électeurs, plus sa commission sera conséquente. Alors, il fait les comptes : « entre 300 et 350 personnes » qu'il sait pour sûr qu'ils voteront. Ces derniers passeront ensuite chez lui pour récupérer leur dû.

Les enchères continuent de monter. Cet homme l'assure : le jour du scrutin, certains citoyens vendront leur suffrage jusqu'à 500 dollars. Une somme que, d'après lui, beaucoup de candidats seront prêts à débourser.

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