Liaisons et sentiments

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Road-movie excentrique, «Jours de France» suit les rencontres d’un jeune homme à travers le pays.

Pierre, habillé, prêt à sortir, contemple Paul encore endormi. C’est l’aube à Paris et l’on retrouve Pierre au volant de sa voiture. Va-t-il au bureau avec son petit air d’employé modèle ? Chemise bleu clair, propre, visage rasé de frais, léger sourire aux lèvres, on s’aperçoit bien vite qu’il quitte la ville, prend l’autoroute et roule guidé par un plan cul improvisé via l’application Grindr où le désir (gay, bisexuel), minoritaire donc nomade comme on disait quand tout le monde citait Deleuze, se géolocalise en temps réel. Il faut encore un peu de temps pour saisir que Pierre (Pascal Cervo, qui n’a jamais cessé d’être parfait depuis son apparition miraculeuse dans les Amoureux de Catherine Corsini en 1993) n’a prévenu personne de cette balade ou fugue, laissant celui dont on comprend qu’il est plus qu’un amant de passage dans un désert d’angoisse et d’incompréhension.

Modestie. Jours de France sera donc la course-poursuite de l’homme abandonné (Arthur Igual, qui gagne à être connu) aux trousses de l’homme délivré, mais si le premier est pressé par l’urgente nécessité d’échapper à l’incertitude, le second s’y enfonce au gré de rencontres hasardeuses, de situations sociales et/ou sexuelles, d’égarements, plaisirs et doutes plus ou moins savamment emmêlés. Jours de France est un film très ambitieux quand bien même il se pare de la modestie d’un road-movie économe, où chaque situation s’invente presque exclusivement sous la forme du duo, de l’échange entre deux personnes qui deux minutes avant ne se connaissaient pas ou qui ne se sont plus vues ou parlé depuis longtemps. Quelque chose de la beauté même de la disponibilité est ici travaillé en incessante variation sur l’épiphanie du croisement, mais aussi plongé dans la lumière oblique de l’adieu.

L’attention du cinéaste au phrasé de chaque comédien, à la tessiture des voix, stylise à l’extrême (mais aussi avec une douceur (...)

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