Les soins sous contrainte: "Une répression contre les malades"

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Faut-il obliger les fous à se soigner Les psychiatres Guy Baillon et Hervé Bokobza, du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, livrent leur point de vue.

"Certains psychiatres universitaires prônent une régression désastreuse. Ils ont apparemment décidé qu'il existe deux espèces humaines distinctes, les normaux et les malades. En soutenant un projet de loi qui prévoit à la fois la garde-à-vue, l'internement et l'obligation de soins, ils ouvrent la voie à une répression sans précédent contre les seconds. Pourtant, les personnes ayant des troubles psychiques graves ne commettent pas plus de crimes que la population générale. Au contraire, ces individus sont 15 fois plus souvent que les autres victimes de délits.

A lire attentivement le texte soumis au Sénat, on constate que ses auteurs envisagent "les soins" sous un seul angle: le patient serait un être potentiellement dangereux qu'il faut surveiller, contrôler, punir. Pour cela, il existerait des médicaments miracles qui éradiqueraient la folie, l'angoisse, le délire. Peu importent le climat de confiance à instaurer, le consentement des patients, le travail psychothérapique. Tous les psychiatres utilisent les médicaments mais ils savent bien que sans une approche humaine et empathique de la souffrance, il n'y a pas de soins possibles. Les scientifiques, grâce à leurs travaux sur les neurones et l'imagerie médicale, ont confirmé l'hypothèse de la plasticité cérébrale, rejoignant ainsi les hypothèses de Freud. La psychothérapie, reconnue comme seule capable de provoquer une "mutation" psychique chez l'être humain, doit être au coeur de toute démarche thérapeutique.

Il faut redonner ses lettres de noblesse à une belle idée, déployée en France dès 1960, la psychiatrie dite "de secteur". En offrant à l'échelle du pays une équipe de soignants pour 65 000 personnes, elle a longtemps permis aux malades d'accéder aux soins en évitant que leurs troubles ne prennent une forme aigue, nécessitant une (...) Lire la suite sur lexpress.fr

"Il faut traiter la folie avec ou sans le consentement du malade"