L'Histoire, disputée par les candidats au nom du combat politique

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Les candidats officiels ou présumés à la présidentielle multiplient les références à l'Histoire de France, au risque de la déformer ou de la faire mentir, au nom du combat politique.

Marine Le Pen a fustigé jeudi, en commémorant l'armistice du 11 novembre 1918, les "manipulations grossières qui cherchent à détourner l’Histoire de France de la gloire et de l’honneur qu’elle a toujours suivis".

Elle a estimé que la Première Guerre mondiale était certes une "tragédie" mais d'abord une "victoire", et souhaité que le général catholique Edouard de Castelnau soit promu maréchal de France, alors qu'elle est concurrencée dans les sondages par le polémiste Eric Zemmour, qui lui prend des voix chez les catholiques conservateurs.

Pour la candidate du Rassemblement national, ce chef militaire de la Grande guerre a été écarté en 1921 du titre de maréchal "pour des raisons bassement politiques, parce qu'il était fervent catholique" et "ardent patriote".

"Certains cherchent à +déconstruire+ notre patrie pour décrire un passé qui ne ressemble à rien à ce que nous sommes et à ce que nous avons vécu", a-t-elle déploré à l'adresse d'Emmanuel Macron, dont elle critique les "repentances à répétition" dans son travail mémoriel, notamment sur la guerre d'Algérie.

- "Arme politique" -

"D'autres encore se noient dans un passé si polémique qu’il brutalise et divise", a poursuivi la responsable d'extrême droite, dans une allusion à son rival Eric Zemmour, qui affirme que le maréchal Pétain a sauvé des juifs ou doute de l'innocence du capitaine Dreyfus.

En fait, admet la responsable politique, "l'Histoire nationale, celle qui est enseignée ou effacée, célébrée ou dénigrée, dépend de nos choix politiques".

Eric Zemmour va plus loin et considère que l'Histoire est "une arme politique", qu'il faut "arracher" aux historiens. "L'Histoire, arrachée de gré ou de force aux historiens professionnels, est en train de (re)devenir l'arme politique qu'elle fut à la veille de la Révolution", écrivait le polémiste qui se présente comme réactionnaire, en 2013 dans Le Figaro.

L'éditorialiste y déplorait une "déconstruction du roman national" et "le développement d'une Histoire officielle sans nos ancêtres les Gaulois ni chronologie".

Pour l'historien Nicolas Offenstadt, il s'agit d'une "instrumentalisation de l’Histoire" sous prétexte que "les Français n'auraient plus de repères" et qu'il faut leur "redonner le roman national le plus élémentaire pour les rassurer", a-t-il dit jeudi sur France Inter.

Eric Zemmour est démenti par tous les historiens quand il avance que Pétain a sauvé des juifs, ou qu'il explique que les mutineries de 1917 ne sont pas dues à l'horreur des tranchées mais au fait qu'on aurait volé aux soldats la victoire du chemin des Dames.

- "Vérité" -

"Si Eric Zemmour avait une thèse neuve, il faudrait qu’il l'argumente, or il n’y a aucun document qui est donné", souligne M. Offenstadt.

En fait, le polémiste "ne veut pas se débarrasser des historiens comme corporation mais il veut se débarrasser de la vérité" en quête de laquelle travaillent les historiens, affirme-t-il.

Se distinguer du consensus des historiens, c'est aussi "être non conformiste", "pour se positionner comme celui qui ne se fait pas avoir par l’institution, par le système", explique l'historien Pascal Ory.

Le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon justifiait aussi son débat face à Eric Zemmour fin septembre par l'Histoire, désireux de ne pas laisser son adversaire "s'approprier l'Histoire de France" car "son récit n’existe pas".

Au début de leur joute télévisée, Eric Zemmour expliquait qu'ils aimaient tous les deux l’Histoire et "plaçaient le débat politique sur (cette) perspective".

Le président Emmanuel Macron avait lui suscité des débats entre historiens quand il avait mis en garde le 11 novembre 2018 contre un retour du nationalisme des années 30.

Le parallèle était jugé valable aux yeux de l'historien Pascal Blanchard en raison d'un "épuisement des partis politiques traditionnels" et d'une "peur identitaire" commune aux deux périodes.

Gilles Vergnon, historien à l'IEP de Lyon, déplorait lui cette "référence quasi obsessionnelle" aux années 30 alors que le point de comparaison pourrait être aussi la grande dépression de 1880-90 et le populisme du général Boulanger.

Pour autant, les commémorations restent un "excellent moment démocratique et civique", plaide M. Offenstadt.

are/ib

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