L'ex-contrôleur des Finances du Vatican dénonce un complot

par Philip Pullella
Le premier contrôleur général des finances du Vatican Libero Milone (à droite), qui a quitté ses fonctions en juin, affirme aujourd'hui avoir été contraint à la démission, après la découverte de traces de possibles irrégularités. /Photo d'archivers/REUTERS/Osservatore Romano

par Philip Pullella

VATICAN (Reuters) - Le premier contrôleur général des finances du Vatican, qui a quitté ses fonctions en juin, affirme aujourd'hui avoir été contraint à la démission, après la découverte de traces de possibles irrégularités.

Depuis le cabinet de ses avocats, à Rome, Libero Milone s'est adressé à quatre médias, dont Reuters. Il estime que certains, au Vatican, s'efforcent de freiner la volonté de réforme du pape François, qui l'avait embauché à ce poste inédit dans le souci d'assainir les finances de l'Église.

Milone se dit dans l'impossibilité de divulguer le détail des irrégularités mises à jour par ses équipes, en raison d'une clause de confidentialité. Reuters n'a pu vérifier ses accusations indépendamment.

Le substitut pour les Affaires générales du Saint-Siège, l'archevêque Giovanni Angelo Becciu, a qualifié les propos de Milone de "faux et injustifiés" lors d'une interview à Reuters.

"Il a outrepassé toutes les règles et il espionnait les vies privées de ses supérieurs et de ses employés, y compris la mienne", a déclaré l'archevêque. "S'il n'avait pas accepté de démissionner, nous l'aurions poursuivi en justice", a-t-il ajouté.

Domenico Giani, le chef de la police du Vatican, évoque pour sa part des "preuves accablantes" pesant sur Milone, sans toutefois préciser leur nature.

Milone, ancien président du cabinet d'audit et de conseil Deloitte en Italie âgé de 69 ans, a quitté son poste deux ans après une arrivée en fanfare au Saint-Siège.

Aucune explication n'a été donnée en juin dernier sur le motif de ce départ, trois ans avant le terme de son contrat. Le Vatican a simplement précisé que la décision avait été prise "d'un commun accord".

"ÉTAT DE CHOC"

Milone, qui a également travaillé aux Nations unies et pour le groupe automobile Fiat, raconte avoir reçu l'ordre de démissionner le 19 juin au matin, un ordre justifié par les résultats d'une enquête de police longue de sept mois.

"Les fait que l'on m'a présentés le matin du 19 étaient faux, fabriqués", déclare-t-il. "J'étais en état de choc. Toutes ces justifications n'avaient aucune base crédible."

L'archevêque Becciu et Giani, le chef de la police, indiquent tous deux que Milone a eu le choix : démissionner ou faire face à des poursuites publiques dans les tribunaux du Vatican. "D'une certaine manière, nous protégions sa réputation", estime le premier.

Milone précise avoir été accusé de détournement de fonds pour avoir engagé une société extérieure pour contrôler la sécurité des ordinateurs de ses bureaux au Vatican, où il était entouré de 14 personnes, dont deux vice-contrôleurs.

Selon un document autorisant la fouille de ces bureaux le jour de son départ, fourni à Reuters par ses avocats, le Vatican accusait Milone d'être "en claire violation" des statuts de son département.

Ces statuts précisaient pourtant que le contrôleur général avait "toute autonomie et indépendance" pour "enquêter sur tout signalement d'activités irrégulières" dans les organes du Vatican.

Le mandat de perquisition l'accuse en outre d'avoir fouillé sans autorisation les affaires de hauts prélats.

Selon Milone, qui refuse de donner des noms, cette dernière accusation a trait à une enquête qu'il menait sur des soupçons de conflit d'intérêt d'un cardinal italien. L'investigation n'a rien donné, mais il pense avoir été puni pour l'avoir lancée.

UN ORDINATEUR INFECTÉ

Selon l'ancien auditeur du Vatican, les ennuis ont commencé le 24 septembre 2015, quatre mois après sa nomination de mai, quand il a soupçonné une intrusion dans ses bureaux.

Il a alors fait appel une société extérieure spécialisée dans la surveillance "car il n'y a pas de tels spécialistes" au Vatican, poursuit-il.

La société aurait selon lui découvert que son ordinateur avait été piraté, tout comme celui de son secrétaire, infecté par des logiciels malveillants qui copiaient régulièrement ses fichiers.

Au Vatican, on explique au contraire que cette société extérieure a aidé Milone à espionner des prélats.

Après douze heures d'interrogatoire par la police du Vatican, Libero Milone a accepté de signer une lettre de démission pour "protéger sa famille et sa réputation".

Interrogé sur la raison du délai de trois mois qui sépare sa démission et ces nouvelles révélations, il explique avoir voulu réfléchir "et laisser les choses se décanter".

"J'ai écrit au pape à la mi-juillet et je lui ai donné mon point de vue, je lui expliqué que tout cela était un montage", a-t-il déclaré, ajoutant n'avoir jamais reçu de réponse.

Selon l'archevêque Becciu, le pape a été mis au courant de l'enquête en amont et des éléments de preuve lui ont été présentés avant que Milone ne soit invité à démissionner.

(Philip Pullella, Julie Carriat pour le service français, édité par Nicolas Delame)

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