L'Europe de la Défense n'a aucun intérêt, dit Mélenchon

L'idée d'une Europe de la Défense, que Paris et Berlin souhaitent faire avancer à l'occasion des 60 ans du traité fondateur de l'Union européenne le 25 mars, n'a aucun intérêt et soulève de nombreuses questions, a estimé lundi Jean-Luc Mélenchon. /Photo prise le 27 février 2017/REUTERS/Régis Duvignau

PARIS (Reuters) - L'idée d'une Europe de la Défense, que Paris et Berlin souhaitent faire avancer à l'occasion des 60 ans du traité fondateur de l'Union européenne le 25 mars, n'a aucun intérêt et soulève de nombreuses questions, a estimé lundi Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'élection présidentielle.

"Il n'y a pas d'intérêt à une coopération militaire en Europe", a dit le leader du mouvement de "La France insoumise" lors d'une conférence de presse à Paris consacrée à ce dossier.

"Ce n'est pas une idée raisonnable du tout, on ne peut pas avoir une défense commune pour une entité qui n'a pas de souveraineté commune (...) la Défense est la question ultime que l'on met en commun dans un rassemblement de nations", a ajouté le co-fondateur du Parti de Gauche.

"Je ne le ferai pas, je m'y opposerai, je suis pour la paix et je ne suis pas pour la constitution d'ensembles militaires qui finissent toujours par avoir besoin de se donner des raisons d'exister", a-t-il ajouté. "Pour moi, la France doit rester indépendante sur le plan militaire", on n'a pas besoin de ça".

Depuis l'abandon du projet de communauté européenne de défense en 1954, l'Europe de la Défense, évoquée dans le traité de Lisbonne, reste balbutiante faute de volonté politique.

Nombre d'Etats membres continuent de voir encore dans ce projet un danger potentiel pour leur souveraineté et leurs industries et, par conséquent, brillent le plus souvent par leur absence dans les conflits actuels.

Mais la sortie programmée de la Grande-Bretagne, opposante de longue date à une Europe de la Défense, et l'arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, ont remis cette question ces derniers mois sur le devant de la scène.

En novembre, les pays de l'Union européenne se sont notamment accordés sur un plan global qui pourrait permettre d'envoyer des forces sur des théâtres extérieurs pour stabiliser une crise avant le déploiement de casques bleus de l'Onu et, plus globalement, de cimenter la volonté des Européens d'assurer leur "autonomie stratégique" sans dépendre de Washington.

"VISION TERRIBLE"

Dans une interview au Monde publiée lundi, François Hollande a pour sa part préconisé une "coopération structurée, pour fédérer les pays qui veulent aller beaucoup plus loin" en matière de défense, estimant que l'UE, ébranlée par le Brexit, pouvait se relancer par la Défense.

"Penser qu'on va reconstruire l'Europe, la relancer comme l'a dit le président Hollande, par l'Europe de la défense, c'est une vision terrible, on n'a pas fait l'Europe pour ça, on a fait l'Europe pour faire la paix", a réagi Jean-Luc Mélenchon.

Pour l'eurodéputé, qui arrive en cinquième position dans les intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle, "dire qu'on va mettre les capacités militaires de la France à la disposition d'une défense européenne, c'est une idée sympathique mais actuellement privée de tout réalisme".

"Car ça voudrait dire que nous nous trouverions engagés dans tous les conflits qui pourraient survenir dans toute l'Europe, y compris ceux que pourraient déclencher inopinément les pays qui sont mitoyens de la Russie et qui ont des comptes à régler avec elle depuis au moins un millénaire? Il ne peut pas en être question", a-t-il dit.

"Les Russes sont nos partenaires et ils devraient être impliqués dans une politique de paix européenne comme des partenaires et pas comme des adversaires", a-t-il ajouté.

(Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)

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