Leucémie lymphoïde chronique : éviter le traitement à vie

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Une nouvelle thérapie ciblée dans la leucémie lymphoïde chronique pourrait permettre de ne plus prendre un traitement à vie. Tout en offrant une plus longue survie sans évolution de la maladie et une qualité de vie améliorée, le vénétoclax administré sur deux ans réduit non seulement le risque de développer des résistances, mais abaisse aussi les coûts et les effets indésirables des traitements au long cours. Un progrès pour les patients présenté à l’occasion du Congrès de l’American Society of Hematology (ASH) à San Diego du 1er au 4 décembre 2018.

Le vénétoclax est une thérapie ciblée de nouvelle génération destinée à rétablir la capacité des cellules cancéreuses à l’apoptose (la mort cellulaire). Ce qui permet en principe de détruire totalement le cancer. Dans une étude internationale randomisée de phase 3 menée chez 389 patients, les chercheurs ont donc envisagé de traiter les patients sur une durée limitée. Au lieu du traitement standard consistant en une chimiothérapie, suivie de la prise de rituximab à vie. D’autant que les praticiens ont « très envie d’arrêter totalement la chimiothérapie, aux effets indésirables bien connus, pour traiter [leurs] patients », souligne le Dr Marie-Sarah Dilhuydy, hématologue à Bordeaux.

Moins d’effets indésirables, moindre coût, meilleure qualité de vie

Dans l’étude Murano, présentée à l’occasion du Congrès de l’American Society of Hematology (ASH) à San Diego, tous les patients souffraient de leucémie lymphoïde chronique réfractaire ou en rechute, et avaient déjà reçu au moins une première ligne de traitement avant d’intégrer l’essai clinique. Dans le groupe contrôle, la chimiothérapie était suivie d’un traitement de rituximab à vie. Or « des résistances au traitement peuvent survenir », explique le Dr Dilhuydy.

Dans le groupe vénétoclax, les patients ont suivi un traitement durant 2 ans. Puis l’administration a été interrompue. Les résultats ont été à la hauteur des espérances des scientifiques. Au total, 71, 4% des patients dans ce groupe ont bénéficié d’une survie sans progression de la maladie à 3 ans, contre 15,2% dans le groupe contrôle.

« C’est la première fois que l’on parvient à conserver l’efficacité d’un traitement ciblé après l’avoir interrompu », se félicite le Dr Dilhuydy. En effet, 92% des patients ayant suivi le nouveau traitement pendant deux ans n’ont pas eu besoin de reprendre une thérapie après 9,9 mois de suivi.

Des lymphocytes B anormaux prennent le pouvoir

Dans la leucémie lymphoïde chronique, les lymphocytes B deviennent anormaux et prolifèrent. Ils envoient en outre des signaux aberrants aux autres cellules du système immunitaire, pour les asservir. Objectif, prendre le pouvoir, et interrompre le cycle de naissance et de mort de toute cellule. Résultat, les patients souffrent d’anémie, de thrombopénie, de neutropénie, menant à de nombreuses infections. Lesquelles constituent la première cause de mortalité chez ces patients.

Chaque année en France, 4 500 nouveaux cas sont diagnostiqués, majoritairement chez des hommes blancs de plus de 70 ans. La plupart des diagnostics sont fortuits puisque des symptômes ne se manifestent pas toujours, et lorsqu’ils existent ne sont pas faciles à interpréter.