L'armée éthiopienne s'empare d'un aéroport dans le Tigré, l'UA réclame une trêve

·4 min de lecture
L'ETHIOPIE S'EMPARE D'UN AÉROPORT DANS LE TIGRÉ, L'UA RÉCLAME UNE TRÊVE
L'ETHIOPIE S'EMPARE D'UN AÉROPORT DANS LE TIGRÉ, L'UA RÉCLAME UNE TRÊVE

NAIROBI/KHARTOUM (Reuters) - L'armée éthiopienne a pris le contrôle d'un aéroport dans le nord du Tigré lors d'une offensive contre les forces locales, a annoncé mardi la chaîne de télévision publique Fana, alors que l'Union africaine (UA) appellait à un cessez-le-feu.

Les combats, qui ont éclaté au début du mois ont fait plusieurs centaines de morts et font craindre une extension du conflit à l'ensemble de la Corne de l'Afrique, en raison de la profonde animosité entre les Tigréens et le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

La prise de l'aéroport d'Humera, près de la frontière avec le Soudan et l'Erythrée, a contraint une partie des forces tigréennes à se rendre, précise Fana. La chaîne de télévision ajoute que l'armée a également pris un axe routier menant de la ville à la frontière soudanaise.

Reuters n'a pas pu confirmer ces informations et aucune réaction n'a été obtenue pour le moment auprès des forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirige cette région peuplée de plus de neuf millions d'habitants.

Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir contribué au règlement du conflit avec l'Erythrée, a ordonné la semaine dernière des frappes aériennes et déployé des troupes dans le Tigré, accusant le TPLF d'avoir attaqué une base militaire.

Les Tigréens de leur côté dénoncent l'oppression et les discriminations dont ils se disent victimes. Ils accusent notamment le gouvernement de s'être comporter de manière autocratique en reportant une élection.

Mardi, leur chef, Debretsion Gebremichael, a accusé l'Erythrée d'avoir déployé des soldats de l'autre côté de la frontière pour venir en aide aux forces éthiopiennes.

Le ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh Mohammed, a toutefois opposé un démenti à ces accusations. "Il s'agit d'un conflit interne. Nous n'en faisons pas partie", a-t-il dit.

L'Union africaine, dont le siège est à Addis-Abeba, a réclamé une trêve et l'ouverture de pourparlers de paix.

"Le président (Moussa Faki Mahamat) appelle à la cessation immédiate des hostilités et invité les parties à respecter les droits de l'homme et à assurer la protection des civils", écrit l'organisation dans un communiqué.

PRÉCIPITATION SUR LA LIGNE DE FRONT

Des journalistes de Reuters, voyageant dans le Tigré et dans la région voisine d'Amhara, disent avoir vu des milices et des pick-up munis de mitrailleuses se précipiter vers la ligne de front pour soutenir l'offensive gouvernementale.

Les deux camps disent avoir procédé à des bombardements de dépôts d'armes et d'autres cibles. Les ONG, pour leur part, ont fait état de violents combats.

De sources militaires et sécuritaires proches des troupes fédérales, on fait état de 500 morts côté tigréen et de centaines de tués dans les rangs de l'armée.

Environ 2.500 Ethiopiens ont trouvé refuge au Soudan au cours des deux derniers jours, a déclaré Alsir Khaled, un responsable de l'Etat de Kassala, dans l'est du Soudan, en charge des réfugiés.

Après la chute du dictateur marxiste Mengistu Haïle Mariam en 1991, le TPLF a contrôlé toutes les coalitions au pouvoir en Ethiopie jusqu'à l'arrivée à la tête du gouvernement d'Abiy Ahmed en 2018.

Le TPLF a également dominé l'armée pendant toutes ces décennies mais le Premier ministre a écarté de nombreux généraux originaires de la région en les accusant de violations des droits de l'homme et de corruption.

Selon des diplomates, Abiy Ahmed, 44 ans, plus jeune dirigeant d'Afrique, pense qu'il peut venir militairement à bout des dirigeants tigréens, même si leur armée est expérimentée. Les forces du TPLF, auxquelles s'ajoutent des milices supplétives, totalisent 250.000 hommes et possèdent d'importantes quantités d'équipement militaire, d'après des experts.

"Nos opérations de maintien de l'ordre au Tigré se déroulent comme prévu: les opérations cesseront dès que la junte criminelle sera désarmée, l'administration légitime de la région rétablie et les fugitifs appréhendés et traduits en justice", a écrit sur Twitter Abiy Ahmed.

Son porte-parole, Billene Seyoum, a rejeté les accusations selon lesquelles le Premier ministre faisait fi des efforts de médiation et mettait en danger la stabilité de la région.

"L'Ethiopie est une nation souveraine et son gouvernement prendra en fin de compte des décisions dans l'intérêt à long terme du pays et de son peuple", a dit le porte-parole.

(Bureau de Nairobi; avec Maggie Fick, Andrew Cawthorne et Khalid Abdelaziz; version française Claude Chendjou, édité par Jean-Philippe Lefief)