L'Estonie déboulonne ses monuments soviétiques sur fond de guerre en Ukraine

Mardi 16 août, des forces de sécurité estoniennes ont été déployées dans la ville de Narva, à la frontière russe, pour permettre le retrait de plusieurs monuments à la gloire de l'Armée rouge. Le gouvernement, en pointe dans le soutien à l'Ukraine, est bien décidé à faire le ménage dans la mémoire nationale. Au risque de braquer la minorité russophone.

« Vous allez voir, cet automne, l'opération spéciale sera ici. » Si cette provocation d'un manifestant ne résume pas nécessairement le souhait des autres, elle illustre l'atmosphère électrique qui règne, ce dimanche 7 août, autour du monument dit du « Tank », à mi-chemin entre la troisième ville d'Estonie, Narva, située à la frontière avec la Russie, et son pendant balnéaire, Narva-Jõesuu, 15 km plus au nord, au bord de la Baltique. La maire, Katri Raik, vient de passer voir la cinquantaine d'irréductibles qui se relaient, par beau ou mauvais temps, au pied de ce char soviétique T-34 monté sur un imposant socle. La première édile est venue rassurer ses citoyens, dans une ville où plus de 90% des habitants parlent russe, et près d'un tiers en ont même la nationalité : elle s'est toujours prononcée pour que ce monument reste en place, et elle compte bien défendre sa position. Dès le lendemain, pourtant, le vent aura tourné.

La tâche de l'exécutif s'annonce néanmoins conséquente, en raison d'abord du nombre de monuments concernés par ce grand coup de balai mémoriel, estimé entre 200 et 400 dans tout le pays. Démanteler, déplacer, ou transformer ? La question se pose pour chacun. Et chacune des réponses participe à dessiner la frontière entre ce que le pouvoir actuel considère comme relevant de l'Histoire nationale et ce qui tombe dans la propagande d'une puissance étrangère.


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