L'Espagne légalise l'euthanasie

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Le Parlement espagnol a définitivement approuvé la légalisation de l'euthanasie. Le pays devient donc l'un des rares au monde à permettre à un patient atteint d'une maladie incurable de mourir pour mettre fin à ses souffrances.

L'Espagne devient, ce 18 mars, le quatrième pays à autoriser l'euthanasie active pour les personnes souffrant de maladies graves et incurables. Le texte prévoit également le suicide médicalement assisté lorsque le patient prend lui-même la dose prescrite. Jusque-là, seuls la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas avaient dépénalisé l'aide à la mort pour des personnes malades.

Cette loi, qui entrera en vigueur en juin 2021, était une priorité pour le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez. Elle a été adoptée par la Chambre basse du Parlement, grâce notamment aux voix de la gauche et du centre, par une très large majorité de 202 députés sur 350.

Des conditions strictes encadrent évidemment la démarche : la personne, espagnole ou résidant dans le pays, doit être « capable et consciente » lorsqu'elle fait la demande qui doit être formulée par écrit « sans pression extérieure » et renouvelée quinze jours plus tard. Le médecin peut rejeter cette demande s'il estime que les critères ne sont pas remplis. De plus, cette requête doit être approuvée par un autre médecin et recevoir le feu vert d'une commission d'évaluation. Cette procédure devient donc, grâce à sa légalisation, prise en charge par le système de santé public.

Les Espagnols plutôt favorables au droit de mourir dans la dignité

La ministre de la Santé, Carolina Darias, n’a pas dissimulé son émotion, elle qui, depuis longtemps, milite en faveur d’une loi qui officialise et régule l’euthanasie. Cette loi, a-t-elle dit, fait honneur à une société qui se préoccupe des plus faibles et de ceux qui souffrent dans le plus grand silence.

Cette proposition ne reçoit pas seulement l’assentiment de la grande majorité des députés, mais aussi des Espagnols. Dans un sondage effectué l’an dernier par l’institut Metroscopia, 87% s’y montraient favorables, souligne François Musseau, le correspondant de RFI à Madrid. C’est le cas, par exemple, de Maria Carmen, infirmière : « C’est quelque chose que j’attends depuis de longues années après avoir vu mourir des personnes dans des conditions terribles. C’est quelque chose de très nécessaire ».

Manuel, retraité, se réjouit, lui aussi, de la promulgation de cette loi : « Je ne crois pas qu’on doive forcer les gens à mourir dans la douleur. Quand quelqu'un ne veut plus vivre, il n’y a pas de raison de s’opposer à ce choix. La vie est la seule chose qui appartient à chacun ».

Outre les conservateurs du Parti populaire, la droite ultra de Vox y est opposée. Elle parle d’ignominie. Et elle s’apprête à déposer un recours auprès du tribunal constitutionnel.

Pour l'Église catholique, cette réforme permet une forme d'homicide plutôt que de « défendre la vie », dans lequel l'État « devient responsable de la mort infligée », a dénoncé la Conférence épiscopale espagnole.