Les partenaires des Etats-Unis ne manipulent pas leur devise

par David Lawder
Le département du Trésor à Washington. Les Etats-Unis estiment qu'aucun de leurs grands partenaires commerciaux ne manipule sa devise, selon un rapport très attendu publié vendredi par le Trésor américain, contrairement à la promesse de campagne de Donald Trump de placer la Chine sur la liste des pays manipulateurs. /Photo d'archives/REUTERS/Jim Bourg

par David Lawder

WASHINGTON (Reuters) - Les Etats-Unis estiment qu'aucun de leurs grands partenaires commerciaux ne manipule sa devise, selon un rapport très attendu publié vendredi par le Trésor américain, contrairement à la promesse de campagne de Donald Trump de placer la Chine sur la liste des pays manipulateurs.

Le rapport semestriel du département du Trésor maintient toutefois la Chine dans la liste des pays "surveillés", malgré un excédent commercial en baisse, parce que l'excédent commercial de la Chine avec les Etats-Unis est particulièrement élevé.

Le département du Trésor maintient cinq autres partenaires commerciaux des Etats-Unis sur cette liste : le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l'Allemagne et la Suisse.

Le rapport du Trésor prend donc acte ce que de nombreux analystes ont dit ces derniers mois, à savoir que la Chine est intervenue récemment sur le marché des changes pour soutenir la valeur de sa devise, le yuan, et non pas pour la faire baisser dans un but de rendre ses exportations meilleur marché.

Le président Trump, qui, pendant la campagne électorale, avait accusé la Chine de "voler" des emplois et de la prospérité aux Etats-Unis en affaiblissant sa devise, n'avait cessé de promettre qu'il qualifierait la Chine de pays manipulant les taux de change dès le "premier jour" de son mandat. Elu le 8 novembre 2016, il a pris ses fonctions le 20 janvier dernier.

Un pays qualifié de manipulateur peut se voir imposer des pénalités financières entre autres sanctions.

Le rapport du Trésor ne se prive toutefois pas de mentionner les efforts passés de la Chine pour conserver un yuan faible, en disant que cela avait créé une "distorsion" à long terme au niveau des échanges mondiaux, distorsion qui "a fait peser une souffrance importante et durable sur les entreprises et américaines et sur ceux qui travaillent."

LES CHINOIS PRIES DE FAIRE DES PROGRÈS

Le rapport du Trésor prévient aussi que les pratiques de la Chine en matière commerciale et de changes seront suivies de près. Il appelle aussi à une ouverture plus rapide de l'économie chinoise aux biens et services américains et demande à la Chine d'être moins tournée vers les exportations pour écouler ses produits et plus vers la consommation intérieure.

"La Chine va devoir démontrer que son absence d'intervention pour empêcher l'appréciation de sa devise ces trois dernières années représente un changement durable de politique en laissant monter le RMB (le yuan) par les forces du marché quand les pressions à la hausse vont reprendre", lit-on dans le rapport.

Ce rapport montre que l'administration Trump a une approche sur les changes fondée sur les données plutôt que sur la politique, estime Nathan Sheets, ex-sous-secrétaire au Trésor chargé des affaires internationales sous l'administration Obama.

"Ce n'est pas le rapport que Donald Trump avait en tête le 8 novembre", ajoute Nathan Sheets, qui travaille maintenant l'institut Peterson d'économie internationale à Washington. "Mais il présente des récriminations fondées; il est clairement dit aux Chinois qu'ils doivent faire des progrès".

Le Trésor ne modifie pas ses trois seuils clés pour identifier un pays manipulant sa devise mis en place par l'administration précédente de Barack Obama : un excédent commercial avec les Etats-Unis d'au moins 20 milliards de dollars (près de 19 milliards d'euros), un excédent des comptes courants global représentant plus de 3% du produit intérieur brut (PIB) et des achats continus sur les marchés des changes équivalant 2% du PIB sur 12 mois.

Ces trois critères ne peuvent être attribués à la fois à aucun pays, mais l'Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et la Suisse se voient reprocher deux de ces critères sur trois.

Le Trésor américain demande au Japon de ne pas reprendre ses interventions sur les marchés des changes. "Cela doit être réservé à de circonstances très exceptionnelles et doit faire l'objet de consultations préalables, conformément aux engagement du Japon au G7 et au G20", indique le rapport.

(Julie Carriat et Danielle Rouquié pour le service français)

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