Les Occidentaux ne soutiennent plus l'accord de paix sud-soudanais

Des soldats de l'armée du Soudan du Sud. Les pays occidentaux ne financeront plus la mise en oeuvre de l'accord de paix signé il y a deux ans au Soudan du Sud pour mettre fin à la guerre civile, le jugeant "obsolète à la lumière de l'expansion du conflit depuis 2015". /Photo d'archives/REUTERS/Goran Tomasevic (Reuters)

NAIROBI (Reuters) - Les pays occidentaux ne financeront plus la mise en oeuvre de l'accord de paix signé il y a deux ans au Soudan du Sud pour mettre fin à la guerre civile, le jugeant "obsolète à la lumière de l'expansion du conflit depuis 2015". L'accord signé en 2015 est devenu caduc lorsque le chef rebelle Riek Machar, premier vice-président d'un gouvernement d'union dirigé par le président Salva Kiir, a fui le pays après des affrontements en juillet 2016 dans la capitale, Juba. Les donateurs acceptaient jusqu'ici la version des autorités sud-soudanaises selon lesquelles l'accord est appliqué, puisque Riek Machar a été remplacé. Dans un communiqué, l'Union européenne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège ont fait savoir que ce n'était plus le cas. Ils n'ont pas précisé les montants concernés. Le Soudan du Sud est devenu indépendant en 2011 avant de basculer deux ans plus tard dans la guerre civile, quand Salva Kiir a limogé Riek Machar, qui était son vice-président. Des élections nationales, prévues l'année prochaine par l'accord de paix, constitueraient une "diversion inutile" étant donné l'ampleur des violences, du nombre de déplacés et de personnes menacées de famine dans le pays, estiment les donateurs. Le porte-parole du gouvernement sud-soudanais, Michael Makuei, a promis que Juba participerait aux efforts de pays est-africains pour relancer le processus de paix. Mais il a refusé de s'engager à intégrer Riek Machar dans le cadre d'un plan global réclamé par les Occidentaux. "L'accord (de paix) est l'enfant des Occidentaux et il est de leur devoir de s'assurer que cet enfant survit", a-t-il dit. Nathaniel Oyet, haut responsable de la rébellion, a déclaré que seule une relance de l'accord pourrait permettre de sauver le Soudan du Sud de la "désintégration totale". Il a également rejeté l'idée d'élections. "La guerre continue sans relâche dans les régions. Où seront les bureaux de vote? Les lignes de front?" Le Soudan du Sud n'a jamais encore organisé d'élections. En 2015, le Parlement les a repoussées de trois ans en amendant la Constitution pour prolonger son mandat et celui de Salva Kiir. La guerre a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près d'un quart de la population, forte de 12 millions d'habitants. (Duncan Miriri, John Stonestreet; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)