Les milices chrétiennes attaquent des musulmans à Bangui

A Bangui des civils fuyant les combats. Les milices chrétiennes "anti-balaka" ont attaqué vendredi dans la capitale centrafricaine des quartiers habités par des musulmans. /Photo prise le 20 décembre 2013/REUTERS/Andreea Campeanu

par Bate Felix

BANGUI (Reuters) - Les milices chrétiennes "anti-balaka" ont attaqué vendredi à Bangui des quartiers habités par des musulmans, minoritaires dans la capitale centrafricaine où l'armée française fait état d'un "regain de tension".

Des tirs à l'arme lourde ont résonné dans les quartiers PK5 et Fatima, a précisé un porte-parole de la Mission de stabilisation en Centrafrique, la Misca, forte de 3.700 hommes.

Guy-Simplice Kodegue, porte-parole du gouvernement intérimaire, a indiqué à Reuters que les milices chrétiennes cherchaient à atteindre le centre de la capitale.

"Toute l'activité économique et sociale est interrompue et les habitants, paniqués, ont fui leur domicile", a-t-il ajouté.

Le président de la Croix-Rouge centrafricaine, le pasteur Antoine Mbao Bogo, a indiqué que son personnel avait réceptionné au moins 29 corps originaires des quartiers nord de Bangui à la suite des affrontements qui ont éclaté jeudi soir.

A Paris dans la soirée, l'état-major français a fait état d'un "regain de tension" à Bangui depuis jeudi après-midi pour des raisons pour l'heure indéterminées.

Une trentaine d'hommes de la mission "Sangaris" ont été pris à partie par un tireur isolé à cinq km au nord-est de l'aéroport, a déclaré à Reuters le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l'état-major. Les militaires ont riposté et le tireur a pris la fuite.

Des incidents ont par ailleurs éclaté dans la zone de l'aéroport, alors qu'un détachement de la Misca évacuait des blessés tchadiens.

Pour des raisons indéterminées, "la tension est montée", des tirs ont retenti, suivis de mouvements de foule. Quelque 30.000 civils ont trouvé refuge dans le périmètre de l'aéroport, selon l'armée française.

L'armée française a dû intervenir vendredi au sud de l'aéroport pour mettre fin à des pillages contre des civils. Deux pillards armés ont été "neutralisés", a indiqué le colonel Jaron.

Une précédente offensive des milices chrétiennes sur Bangui a déclenché début décembre une vague de représailles sanglantes de la part des combattants musulmans de la Séléka, qui se sont emparés du pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en mars.

Ces violences ont fait des centaines de morts, incitant la France à accélérer l'envoi de militaires.

VERS UNE DIMENSION EUROPÉENNE

Le déploiement des 1.600 soldats français de "Sangaris" a contribué à restaurer un semblant de calme dans le pays ces derniers jours mais les affrontements de vendredi soulignent l'exacerbation des tensions après les mois d'exactions qui ont suivi la prise du pouvoir par la Séléka.

Les Nations unies estiment à plus de 200.000 le nombre d'habitants de Bangui déplacés récemment par les combats.

"Les personnes déplacées redoutent la présence d'hommes en armes dans leurs quartiers", constate Georgios Georgantas, chef de la délégation du CICR en République centrafricaine.

"Nous sommes extrêmement préoccupés par l'intensification des tensions intercommunautaires, un phénomène récent qu'exacerbe la présence de ces hommes en armes parmi la population, et qui alimente le climat de peur qui s'installe dans le pays."

Un soldat tchadien de la Misca blessé lors d'une patrouille jeudi a succombé à ses blessures, a annoncé la force africaine.

Vendredi, trois combattants de la Séléka ont été abattus dans le centre de Bangui après que l'un d'entre eux a menacé à l'aide d'une grenade des soldats de la Misca qui tentaient de les désarmer. Un soldat congolais de la Misca a également été blessé dans la fusillade.

Selon la Misca, plusieurs milliers de combattants de la Séléka ont été désarmés et cantonnés.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré sur TV5 Monde que les forces françaises désarmaient sans distinction les deux camps, "anti-balaka" et Séléka.

A Bruxelles, François Hollande a annoncé que l'opération française de sécurisation de la RCA allait devenir européenne, ce qui permettra d'obtenir un financement commun.

Selon les termes d'une résolution votée le 5 décembre par le Conseil de sécurité de l'Onu, la France espère transmettre dans un délai de six mois les opérations de sécurisation à la Misca, dont le contingent devrait s'élever à 6.000 hommes d'ici la fin janvier.

Les Etats-Unis se sont engagés à verser jusqu'à 100 millions de dollars à la force africaine, a déclaré vendredi le département d'Etat.

Le Programme alimentaire mondial a acheminé par avion des denrées à Bangui jeudi soir, après avoir temporairement cessé ses vols en raison des combats dans la capitale.

Avec plus de 700.000 déplacés dans le pays, la RCA est au bord de la crise alimentaire, prévient le Pam qui prévoit d'aider l'an prochain plus d'un million d'habitants du pays.

Bate Felix, avec Sophie Louet et John Irish à Paris, Noah Barlin et Emmanuel Jarry à Bruxelles; Pascal Liétout, Jean-Stéphane Brosse et Jean-Loup Fiévet pour le service français