Les fauteuils de massage à l’hôpital de Villejuif font grincer des dents les soignants
L'inauguration d'un espace bien-être par Brigitte Macron à l'hôpital de Villejuif, avec canapés et fauteuil de massage, divise les soignants à l'heure des difficultés de l'hôpital public.
Des fauteuils de massage, des cocons de sieste, des canapés, une bibliothèque pour le repos et la détente des soignants du personnel de l'hôpital Paul-Guiraud de Villejuif, dans le Val-de-Marne. Un espace détente vient d'être inauguré par Brigitte Macron et financé par la fondation des hôpitaux de Paris, dont elle est présidente.
Un évènement qui fait grincer des dents certains professionnels de santé, alors que l'hôpital public fait face à un manque de moyens, notamment humains depuis plusieurs années, au point que certains services d'urgence doivent fermer certains jours.
"C'est vrai qu'ils ont tellement de temps libre..."
Le président de la République, Emmanuel Macron, a d'ailleurs annoncé mardi 31 mai le lancement d'une "mission flash" d'un mois visant à apporter "dès cet été" des solutions à la crise des services d'urgences à l'hôpital. Une inauguration qui semble, aux yeux du personnel soignant, en décalage avec leurs revendications et les problèmes que rencontrent l'hôpital public.
- Svp c’est chaud, y’a plus de lits, plus de soignants, on bosse 80h/semaine, on est payé au lance-pierre, la nourriture est infâme, on se fait agresser et les gens meurent
- Tenez un fauteuil de massage et un nouveau canapé.
- …
- Ah et y’a un atelier Vélo dehors aussi https://t.co/WfYwa8g19x— Kabuto (@DrStarWolf) June 1, 2022
D'autres soignants mettent en rapport la mise à disposition d'une salle de détente pour leur temps de repos, qu'ils mettent en parallèle avec leurs journées surchargées et le manque de temps pour profiter de ces équipements.
Les soignants veulent des salaires à la hauteur et de meilleurs conditions de travail et on leur donne un espace bien-être.
C'est vrai qu'ils ont tellement de temps libre pour aller se taper une sieste dans un "cocon"... 🤦♂️🤦♂️🤦♂️ https://t.co/W6kqtAMBOV— Doc Amine 🏥🚑📚👨⚕️🩺 (@DocAmine_) June 2, 2022
Une installation "indécente"
Jérôme Marty, médecin généraliste et président du syndicat UFML, déplore "l'indécence" d'une telle mesure, alors que l'hôpital nécessite des investissements et réclame des hausses de salaire pour les soignants.
Enfin, certains soignants mettent en parallèle les fonds pour équiper cette salle de détente avec les conditions de confort de certains patients.
Et t’as certains hôpitaux où les patients hospitalisés n’ont même pas de douche dans leur chambre… https://t.co/jX22shL80F
— Mathilde 🩺 (@Matenolol) June 2, 2022
"Une goutte d'eau dans la mer", reconnaît Brigitte Macron
Une indignation largement partagée par des soignants influents sur les réseaux sociaux, qui déplorent la différence entre d'un côté un manque de moyens, parfois au détriment des patients, et de l'autre des investissements de confort.
Lors de l'inauguration de cet espace de détente, Brigitte Macron a expliqué avoir "réfléchi avec des soignants à 'ce qu'on peut faire avec tous les dons que l'on avait'. On est arrivés à la conclusion qu'améliorer leur qualité de vie sur leur lieu de travail, c'était peut-être une goutte d'eau dans la mer, mais c'était les aider", a explique la Première dame.
Une phrase qui n'est pas passée inaperçue auprès de certains professionnels de santé.
« On s’est posé la question : qu’est-ce qu’on peut faire avec tous ces dons ? » 🙄 https://t.co/QuZNyhLIjk
— Bio_Saiyan (@SaiyanBio) June 1, 2022
D'autres soignants relèvent que "ces espaces bien-être sont demandés par les soignants" et que ces installations sont "l’objet de groupes de travail issus du personnel et de la demande de soignants dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie au travail", souligne par exemple de son côté la pneumologue Clarisse Audigier-Valette, pneumo-oncologue au centre hospitalier de Toulon.
Lors de sa campagne, Emmanuel Macron a fait de la santé (et de l'école) les deux chantiers prioritaires de son second quinquennat.
VIDÉO - Macron au chevet des soins d'urgence dans un centre hospitalier à Cherbourg