Les dépenses d'un syndicat pro-Blanquer épinglées par Médiapart

Anthony Berthelier
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
Hôtels, restos de luxe.. Médiapart épingle les dépenses d'un syndicat lycéen pro-Blanquer financé par le ministère (photo d'illustration de Jean-Michel Blanquer prise en 2019) (Photo: AFP)
Hôtels, restos de luxe.. Médiapart épingle les dépenses d'un syndicat lycéen pro-Blanquer financé par le ministère (photo d'illustration de Jean-Michel Blanquer prise en 2019) (Photo: AFP)

POLITIQUE - Ses membres ne devraient pas être dans la rue, ce mardi 10 novembre, aux côtés des syndicats de profs. Dans la galaxie de l’éducation nationale -où organisations d’enseignants comme de parents d’élèves sont particulièrement critiques à l’égard du ministre Jean-Michel Blanquer-, l’association Avenir Lycéen fait (presque) figure d’exception.

Créé en 2018, ce rassemblement de jeunes étudiants, officiellement “apolitique”, ne cache pas sa sympathie pour les positions gouvernementales. Sa présence sur les réseaux sociaux semblait, jusqu’en août dernier, dédiée en grande partie au relais de la communication ministérielle.

Le problème? Selon Médiapart, l’enveloppe -généreuse- allouée par le ministère de l’Éducation nationale à ce jeune syndicat a été en partie dilapidée dans des frais qui n’avaient pas grand-chose à voir avec ses missions. Dans le même temps, d’autres associations voient fondre leurs crédits.

Des dépenses surprenantes

“432 euros dans un Apple Store”, “75,50 euros dans un restaurant à Paris”, “276,52 euros à l’hôtel Madrigal”, “426,47 à l’hôtel Intercontinental de Lyon”, “8.000 euros de matériel informatique”, “1600 euros” retirés au cœur de l’été... égrène le site d’informations en ligne, qui a recueilli les explications de plusieurs membres d’Avenir Lycéen.

Et elles sont particulièrement embarrassées, d’autant que le congrès fondateur du syndicat, qui devait justifier une grande partie des 60.000 euros alloués par le ministère en 2019, n’a jamais été organisé.

Les lycéens expliquent avoir eu du mal à trouver une salle, puis avoir été contraints par le contexte sanitaire. Une partie de l’enveloppe a donc été utilisée pour des “déplacements et rencontres en région afin de pallier les reports successifs et de répondre à la demande de rencontres et d’échanges de la part de nos adhérents et de nos partenaires”, selon les mots d’une ancienne dirigeante du syndicat.

“Je n’ai jamais validé aucune dépense puisque je n’ai jamais été informé de ces dépenses par qui que ce soit”, ajoute un autre lycéen, présenté par Médiapart comme “l’éphémère président du syndicat à l’été 2020.”

Inégalités entre associations?

De son côté, le ministère de l’Éducation nationale explique au site d’informations que l’association a été “sensibilisée au bon usage d’une subvention publique”, mais se défend de tout “laxisme” “dans le contrôle financier de cette association comme pour les autres.”

“Les subventions demandées au titre des déplacements, s’agissant d’une association nationale, l’ont été pour des restaurants et des hôtels correspondant aux déplacements de l’équipe de direction d’Avenir Lycéen afin d’assister à des événements organisés par les représentants départementaux et régionaux de l’association”, explique simplement l’entourage de Jean-Michel Blanquer.

Contacté par Le HuffPost pour davantage de précisions, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas souhaité répondre.

Car au-delà de ces habitudes dispendieuses, le cas d’Avenir Lycéen semble révéler une inégalité de traitement entre les différentes associations étudiantes. Après l’enveloppe de 60.000, le syndicat a reçu 30.000 euros en 2020 de la part du ministère, le montant qu’il demandait.

Une enquête au ministère

D’autres n’ont manifestement pas eu cette chance. En 2018, le Mouvement national lycéen, arrivé juste derrière Avenir Lycéen aux élections du Conseil supérieur de l’éducation, a perçu 10.000 euros... et rien depuis.

De son côté, l’Union nationale lycéenne (UNL), un autre syndicat lycéen classé à gauche constate -toujours auprès de Médiapart- que son enveloppe a fondu au fil des ans, passant de 80.000 euros en 2018 à 20.000 en 2020. Également sollicité sur ce sujet, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas donné suite.

Deux jours après la sortie de son enquête, le média en ligne ajoute que le directeur général de l’enseignement scolaire Édouard Geffray a ordonné, mardi, une enquête administrative.

Le but? Contrôler la nature et la réalité des dépenses de l’association Avenir Lycéens. “Dans l’hypothèse où on a connaissance de faits qui pourraient montrer un mésusage des subventions, nous sommes en droit d’effectuer un contrôle sur pièces et de demander toutes les pièces permettant de justifier des dépenses de l’année. En fonction de cela, on verra toutes les pièces, on verra si problème il y a, de quelle nature, avec qui, etc”, explique le ministère.

Dans le même temps, huit dirigeants de l’association, dont le président, ont présenté leur démission.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.