Les Bourses en Europe terminent dans le rouge une semaine noire

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - Les Bourses européennes ont terminé vendredi dans le rouge une semaine marquée par une correction déclenchée par l'envol des rendements des emprunts d'Etat sur la crainte qu'une remontée de l'inflation ne conduise les grandes banques centrales à accélérer le rythme du resserrement monétaire.

La volatilité a grimpé et les actions ont nettement reculé, certains analystes saluant un ajustement nécessaire et d'autres redoutant la fin d'un régime idéal pour les actifs risqués avec une croissance forte et des taux historiquement bas.

"Nous discutons des valorisations élevées des actions depuis un certain temps, donc replaçons cela dans une perspective plus longue que seulement une semaine (...) et vous ne serez pas étonnés qu'il y ait une sorte de correction", a dit Andreas Dombret, membre du directoire de la Bundesbank dans un entretien accordé à Reuters.

"Les corrections peuvent être saines et les avis sont partagés sur le point de savoir si c'est ici le cas ou pas", a-t-il ajouté avant de souligner que les fondamentaux de l'économie restaient sains.

À Paris, le CAC 40 a perdu 1,41% à 5.079,21 points pour finir la semaine sur une baisse de 5,33%, son repli hebdomadaire le plus marqué en pourcentage depuis janvier 2016.

Le Footsie britannique a perdu 1,09%, le Dax allemand 1,25%.

L'indice EuroStoxx 50 a cédé 1,52%, le FTSEurofirst 300 1,66% et le Stoxx 600 1,45%. Ce dernier indice a perdu 5,21% sur la semaine, enregistrant comme le CAC sa pire performance hebdomadaire depuis plus de deux ans.


LES FINANCIÈRES SOUFFRENT

Côté actions, le mouvement général de repli a touché en premier lieu les valeurs financières : l'indice Stoxx européen des bancaires a cédé 1,73%, celui des services financiers 2,01%, celui de l'assurance 1,51%.

A Paris, Crédit agricole (-2,44%), Société générale (-2,2%) et BNP Paribas (-1,89%) figurent parmi les plus fortes baisses du CAC.

Les deux seules hausses de l'indice parisien sont pour L'Oréal (+0,32%) et Pernod Ricard (+0,08%) après des résultats bien accueillis.

Le groupe de gestion d'actifs Amundi (-5,78%) termine lanterne rouge du Stoxx 600, ses résultats et ses prévisions étant inférieures au consensus de marché.

A l'heure de la clôture en Europe, les grands indices de Wall Street baissent. Le Dow Jones, qui a perdu jeudi plus de 1.000 points pour la deuxième fois de la semaine qui s'achève, perd 0,51%.

Les données hebdomadaires de Bank of America Merrill Lynch sur les flux vers les fonds d'investissement montrent des rachats records sur les fonds actions à 30,6 milliards et l'indicateur "Bull & Bear" de la banque continue de donner un signal de vente.


ATTENTION AUX TAUX LONGS

Sur le marché obligataire, le rendement des Treasuries à 10 ans évolue autour de 2,842%, en baisse mais non loin d'un pic de quatre ans à 2,885% touché lundi.

Emmanuel Auboyneau et Xavier d'Ornellas, gérants associés d'Amplegest, appellent dans une note à la vigilance sur les taux longs.

"Le niveau de 3% pour l'emprunt à 10 ans américain pourrait rapidement être approché", lit-on dans la note. "Une stabilisation autour de ce niveau ne poserait pas de problème et serait même assez logique compte tenu de la vigueur de l'économie. En revanche, si ce seuil était dépassé, l'inquiétude des investisseurs devrait grandir et provoquer des prises de bénéfices sur les actions américaines, impactant par effet de contagion le reste du monde."

Une pression additionnelle sur les marchés d'actions provient du débouclage de positions d'investisseurs qui misaient sur le maintien de la volatilité à des bas niveaux historiques.

L'indice qui mesure la volatilité implicite du S&P 500 recule un peu mais reste au-dessus de 31 points, contre un peu plus de 13 points le 1er février, soit la veille du début du mouvement de correction.


Aux changes, le dollar profite de la vigueur des rendements pour prolonger son rebond face aux autres grandes devises. L'euro se traite autour de 1,224 dollar.

La remontée des taux, qui menace de freiner la croissance économique, et la vigueur du dollar contribuent à la baisse des cours du pétrole : le Brent de la mer du Nord et le brut américain perdent chacun plus de 2%.



(Édité par Betrand Boucey)