Les amants du couvre-feu : "Deux fois, on a pris une chambre dans un hôtel qui avait un bar"

Lucile Bellan
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Depuis le samedi 17 octobre, un couvre-feu est obligatoire à 21h dans plusieurs grandes villes de France. Dans Les amants du couvre-feu, célibataires et amants racontent comment ils arrivent à concilier contraintes sanitaires avec leurs vies amoureuses et sexuelles. Si vous aussi vous voulez raconter vos belles histoires de vie, d'amitié et d'amour, vous pouvez envoyer un message à cette adresse : lucilebellan@gmail.com.

Caro a 23 ans, elle est Parisienne, travaille dans la communication depuis quelques mois et elle est célibataire depuis toujours. Des hommes passent dans sa vie mais elle a décidé sciemment de ne pas leur faire plus de place que ce qu’elle désire vraiment. Elle aime les rendez-vous, les soirées, les moments câlins mais défend jalousement son droit à dormir seule dans son lit et organiser son temps comme ça l’arrange. Depuis le déconfinement, Caro voyait régulièrement Ben : “On arrivait à s’organiser une soirée ensemble à peu près une fois par semaine.” Mais quand le couvre-feu est annoncé, leurs habitudes sont bousculées. “Déjà avec la fermeture des bars, il avait fallu être créatifs. On se retrouvait parfois au musée en fin d’après-midi. Deux fois, on a pris une chambre dans un hôtel qui avait un bar.”

Un plan B

Chacun de leur côté devant les annonces présidentielles à la télévision, les deux amants s’envoient des messages : “On savait que si on ne trouvait pas une solution, on allait juste arrêter de se voir. Je n’ai toujours pas envie de dormir chez lui ou qu’il dorme chez moi. Et Ben a tout de suite été d’accord pour dire que c’était nul de devoir l’envisager uniquement à cause du gouvernement. On avait besoin d’un plan B. On a commencé à regarder chacun nos emplois du temps communs et à chercher des trous où nos rendez-vous pourraient se passer.”

On a convenu de se faire des petit-déjeuners ensemble, chez lui ou chez moi en alternance, une fois par semaine le mardi.”

Après quelques minutes de recherche, les options se multiplient : “Depuis la fermeture des salles de sport, Ben avait des plages horaires de disponibles en matinée en plein coeur de la semaine. Du genre 8-10h. Et moi, en télétravail, je pouvais très bien décaler mon temps de travail de plus tard le matin à un peu plus tard le soir. On a convenu de se faire des petit-déjeuners ensemble, chez lui ou chez moi en alternance, une fois par semaine le mardi.” Pour Caro, le but est de continuer à partager du temps et des rapports sexuels avec une personne qui lui plait sans modifier leur relation à cause de la situation sanitaire : “On fait tous les deux très attention dans les transports ou au travail et on ne fait pas de soirées sauvages avec 50 personnes. Comme dans notre deal de base, on se promet tacitement de ne pas s’apporter de galères, que ce soit une grossesse ou une MST, le covid en fait aussi partie. On est à l’abri de rien, évidemment, mais on prend un max de précautions.”

On se promet tacitement de ne pas s’apporter de galères, que ce soit une grossesse ou une MST, le covid en fait aussi partie. On est à l’abri de rien, évidemment, mais on prend un max de précautions.

Une liberté respective

Et si le jus d’orange dans la lumière du matin peut paraître beaucoup plus intime qu’un spritz dans un café bondé, la jeune femme pense bien à ce que la situation ne change rien à ses rapports avec Ben : “On sait ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. Et on n’est pas dans une comédie romantique. Il n’est pas question que finalement ces petits-déjeuners nous fasse nous révéler des sentiments et qu’on finisse par s’installer ensemble. En fait, malgré le grand respect qu’on a l’un pour l’autre et la complicité qu’on partage, on veut surtout garder nos libertés respectives. Si on arrive à le faire dans ces conditions particulières, on pourra dire que notre relation est vraiment forte.” Cette relation unique, que l’un et l’autre espèrent voir continuer sur le long-terme, est mise à l’épreuve par le couvre-feu mais les amants savent que ce n’est qu’un moment exceptionnel à passer : “Je ne suis évidemment pas spécialiste de la question, mais il n’y a pas de raison que tout ça dure au delà de Noël. On en parle avec Ben tout en désirant que ce ne soit pas notre seul sujet de conversation. On imagine un reconfinement ou alors la possibilité que le monde change à jamais et qu’on doive vraiment apprendre à vivre de cette manière. Franchement, aucun de nous deux n’y croit, c’est plus pour se donner un petit frisson. On reprendra bien un jour nos afterworks et nos soirées Netflix and chill.”

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