Equateur: Moreno "président de tous", son opposant dénonce une "fraude"

Florence PANOUSSIAN

Quito (AFP) - Le socialiste Lenin Moreno s'est déclaré le "président de tous" lundi en Equateur, au lendemain de sa victoire contre l'ex-banquier Guillermo Lasso qui a dénoncé une "fraude" dans cette élection marquant la fin de l'ère du charismatique mais polémique Rafael Correa.

"Je vais être le président de tous, oui de tous ! Mais surtout des pauvres de la patrie", a lancé Lenin Moreno, 64 ans, depuis le balcon du palais présidentiel de Carondelet, sous les vivats d'environ 2.000 personnes massées sur la Plaza Grande du coeur historique de Quito.

L'ancien vice-président, qui a remercié "de tout coeur" un Rafael Correa debout à son côté et visiblement ému, a obtenu 51,16% des voix contre 48,84% à son adversaire de droite sur 99,29% des suffrages, selon le Conseil national électoral (CNE).

Depuis la veille, Guillermo Lasso, 61 ans, du mouvement Créant des opportunités (Creo, "Je crée/Je crois" en espagnol), n'a cessé de protester contre l'issue de ce second tour.

"Je ne peux accepter ces résultats parce qu'ils ne correspondent pas à la volonté populaire (...) dans le décompte des votes, il y a fraude", a-t-il réaffirmé lundi lors d'une conférence de presse à Quito.

- Lasso attaquera les résultats -

Disant avoir "gagné avec une marge de 4 à 6%", l'ex-banquier a annoncé qu'il allait "attaquer les résultats dès qu'ils seront officiellement proclamés" et "demander un nouveau décompte des votes".

Lenin Moreno, qui doit succéder le 24 mai au président sortant champion d'un "Socialisme du XXIe siècle" au pouvoir depuis dix ans, avait auparavant remercié "tous ceux qui ont à nouveau exprimé leur confiance (...) dans ce processus de révolution citoyenne".

Le candidat d'Alliance Pais (AP, Patria Altiva i Soberana: Patrie altière et souveraine - l'acronyme jouant sur le mot "pays" en espagnol), paraplégique depuis une agression à main armée en 1998, doit devenir le premier chef de l'Etat équatorien à se déplacer en fauteuil roulant.

Sur le balcon du palais, pavoisé aux couleurs du drapeau national, cet humaniste jugé plus affable et conciliant que son mentor, a chanté "Joyeux anniversaire" à Rafael Correa, qui aura 54 ans jeudi et s'est vu offrir un gâteau glacé de vert, couleur d'AP.

Dans le nord de la capitale, les accès au CNE restaient barrés par les forces de l'ordre. Dimanche, des centaines de partisans des deux bords s'étaient rassemblés près du bâtiment pour réclamer les résultats, dans une ambiance tendue, émaillée de brèves escarmouches. Ils s'étaient finalement dispersés en fin de soirée.

La victoire de Lenin Moreno soulage une gauche latino-américaine mise à mal par les virages à droite de l'Argentine, du Brésil et du Pérou. Le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro l'a félicité pour "le triomphe de la révolution citoyenne".

L'issue du scrutin donne un répit à Julian Assange, auquel M. Lasso entendait, dans le mois suivant sa prise de fonction, retirer l'asile dont bénéficie le fondateur de WikiLeaks, réfugié à l'ambassade équatorienne de Londres depuis juin 2012.

"J'invite cordialement M. Lasso à se retirer de l'Equateur dans les 30 prochains jours (avec ou sans ses millions offshore) " (#AssangeOUILassoNON), a tweeté dimanche soir Julian Assange, sous le coup d'un mandat d'arrêt européen pour un viol en Suède qu'il nie.

L'Australien craint en outre d'être extradé aux Etats-Unis où il risque de lourdes peines pour la publication de documents confidentiels militaires et diplomatiques, notamment sur les guerres en Irak et en Afghanistan.

- Discrédit et crise économique -

Ce scrutin était inédit depuis la première élection en 2006 de Rafael Correa, réélu deux fois dès le premier tour.

Lenin Moreno, dont le parti a obtenu la majorité absolue à l'Assemblée lors des législatives tenues le 19 février en même temps que le premier tour, va devoir diriger un pays pétrolier en crise économique et endetté, suite à la chute des cours du brut, et politiquement divisé.

"Moreno sera confronté à deux défis (...): un fort discrédit (du corréisme) et une situation économique de vaches maigres", a déclaré à l'AFP le politologue Esteban Nicholls, de l'Université andine d'Equateur.

L'économiste Rafael Correa - qui prévoit d'aller vivre et enseigner en Belgique, pays de son épouse - a mis à profit la manne pétrolière pour moderniser l'Equateur et réduire les inégalités sociales.

Mais il lui est reproché de l'avoir gaspillée et d'avoir déçu les classes moyennes, affectées par la crise économique, outre des accusations de corruption qui ont éclaboussé son gouvernement. Les altercations fréquentes de Rafael Correa avec les milieux d'affaires, les médias et les multinationales, entre autres, ont aussi lassé.

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages