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Lentes, mais avec du suspense: les courses de chevaux de trait au Japon

Une course de chevaux "banei keiba" sur l'hippodrome d'Obihiro, dans la préfecture d'Hokkaido, le 9 décembre 2023 au Japon (Philip FONG)
Une course de chevaux "banei keiba" sur l'hippodrome d'Obihiro, dans la préfecture d'Hokkaido, le 9 décembre 2023 au Japon (Philip FONG)

Après un air de fanfare, les stalles s'ouvrent et la course est lancée. Mais pas au galop: dans cette compétition hippique au nord du Japon, les participants sont des chevaux de trait, tirant de lourds traîneaux.

Ces courses de puissance appelées "banei keiba" (trait-tract) se déroulent toute l'année à Obihiro, une petite ville de la grande île de Hokkaido, le dernier lieu officiel à perpétuer ce sport dont les origines remontent à la fin du XIXe siècle.

Par un froid après-midi d'hiver, huit chevaux envoient des paquets de poussière en l'air tandis qu'ils progressent sur l'une des deux buttes de la piste sablonneuse de 200 mètres, en tractant des traîneaux de plus de 600 kilos.

Mais soudain, les bêtes, qui alternent marche et trot, s'arrêtent: la première des plusieurs pauses qu'elles feront pendant la course pour reprendre leur souffle.

Ces interruptions "donnent un peu de suspense" aux courses, qui durent à peine deux minutes pour les plus rapides, commente Esther McCourt, une touriste australienne de 24 ans s'émerveillant de la taille de ces robustes chevaux, deux fois plus lourds que des pur-sang.

Peu importe que le départ ait été bon ou pas, "la partie cruciale, c'est les cinquante derniers mètres, donc ça peut changer à tout moment", déclare-t-elle à l'AFP.

- En mémoire des pionniers de Hokkaido -

Debout sur les traîneaux, les jockeys crient et fouettent leurs chevaux avec de longs rênes d'attelage pour les encourager à avancer.

Mais le petit milieu du banei keiba rejette toute accusation de cruauté envers les animaux, assurant que ces chevaux de trait, appelés "banba", sont traités avec soin et ne tirent pas des charges au-delà de leurs capacités.

"Si les pur-sang sont nés pour la course, les banba sont faits pour tracter", constate auprès de l'AFP Yoshiyuki Hattori, un entraîneur dont les chevaux ont remporté de nombreux prix.

Auparavant, les banba "travaillaient dans les champs, ils travaillaient pour nous les humains. Nous voulons perpétuer cette histoire", ajoute-t-il.

A la fin du XIXe siècle, les colons japonais de Hokkaido utilisaient ces chevaux très endurants pour l'agriculture, le transport de marchandises et l'extraction minière.

Ils avaient aussi pris l'habitude de les opposer dans des épreuves de force lors de festivités.

Ces jeux ont progressivement donné naissance au sport hippique du trait-tract, qui a été formalisé après la Seconde guerre mondiale.

- Un regain d'intérêt inattendu -

Ces courses, sur lesquelles les paris sont autorisés, étaient très populaires il y a quelques décennies.

Mais le vieillissement démographique et la stagnation économique du Japon sont ensuite passés par là, conduisant à leur disparition, sauf à Obihiro.

Le banei keiba connaît même un regain d'intérêt inattendu depuis la pandémie de Covid-19, durant laquelle davantage de Japonais se sont adonnés aux paris sportifs en ligne.

Divers moyens ont aussi été mis en place pour élargir le public du trait-tract au-delà des parieurs, avec par exemple l'installation d'une ferme d'animaux pour enfants à côté de l'hippodrome d'Obihiro.

"Beaucoup de gens ignorent que les chevaux ne servent pas qu'à galoper et à transporter des cavaliers sur leur dos", dit à l'AFP Yuno Goto, une soigneuse de 21 ans rêvant de devenir jockey.

Le banei keiba permet de montrer au grand public l'ancienne culture des chevaux de trait, et de procurer "une expérience différente par rapport à d'autres courses hippiques", estime-t-elle.

Taichi Yamada, un spectateur de la course âgé de 27 ans, espère aussi que ce sport va perdurer, pour maintenir la tradition en vie.

"Ce doit être dur pour les chevaux de tirer de telles charges. Donc on ne peut pas s'empêcher de crier pour les encourager", apprécie-t-il.

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