L'enrichissement de l’uranium, un nouveau levier de négociation pour l'Iran

·3 min de lecture

Les autorités iraniennes ont enclenché ce lundi le processus destiné à produire de l'uranium enrichi à 20%, au-delà du seuil fixé par l'accord international de 2015. Pour Téhéran, c’est nouveau moyen de pression dans les négociations à venir sur le nucléaire iranien.

L’annonce intervient à quelques semaines de l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden. Le nouveau président américain s'est dit prêt à réintégrer les États-Unis dans l’accord sur le nucléaire que son prédécesseur avait quitté. Pourtant, Téhéran semble décidé à faire monter la tension en annonçant la reprise de l’enrichissement de l’uranium à 20%.

La République islamique semble vouloir avoir toutes les cartes en main pour reprendre les discussions avec les États-Unis. En mai 2019 déjà, un an après le retrait unilatéral des États-Unis de ces accords de Vienne, l'Iran avait commencé à braver certains principes. En surface, la position iranienne est simple. Face au retrait des États-Unis de l’accord, aux conséquences économiques et sociales que cela fait peser sur la population américaine, la République islamique ne fait qu’agir en respectant le droit international.

Aujourd'hui donc, Téhéran va plus loin en passant d'un enrichissement de 4 à 20%, un saut quantitatif important même s’il faut un enrichissement à 90% pour concevoir la bombe nucléaire. Ce niveau d’enrichissement à 20% correspond au niveau le plus élevé produit par l'Iran avant l'accord. Cet enrichissement sera en plus mené dans le site de Fordow qui est protégé des attaques militaires et qui était également interdit d'utilisation par l'accord.

Un possible retour en arrière

Comme tout levier de négociation, ce nouveau processus d'enrichissement peut encore être arrêté. Si Washington revient dans l'accord et lève les sanctions économiques, Téhéran s'engage à suspendre également toutes les décisions prises depuis deux ans pour relancer son programme nucléaire. Dans le cas contraire, et si les parties toujours présentes de l'accord n'aident pas l'Iran à vendre son pétrole, Téhéran prévoit également d'interdire les inspections prévues par l'Agence internationale de l'énergie atomique. Il va donc falloir attendre le début des négociations avec Joe Biden pour savoir quel chemin prend l'Iran

Ces négociations s’annoncent un peu plus complexes qu'un simple retour ou non des États-Unis dans l'accord, et c'est pour cette raison que les Iraniens ont besoin de leviers de négociation. La France, l'Allemagne et la future administration Biden ont annoncé qu'ils attendaient des engagements iraniens au-delà de la seule question du nucléaire. De son côté, Téhéran refuse catégoriquement d'aborder des sujets tels que son programme balistique, les droits de humains ou sa politique régionale.

Malgré les difficultés, il va pourtant falloir faire vite pour lancer les bases de ces négociations, car les élections présidentielles en Iran sont prévues en juin 2021. Le gouvernement modéré de Rohani pourrait être remplacé par une formation plus conservatrice qui a remporté les législatives l'année dernière. La popularité du président Rohani a chuté avec l'échec de l'accord sur le nucléaire qu'il avait porté lors de sa candidature.

Une loi débattue en interne

Cette nouvelle décision d'enrichissement de l'uranium a elle aussi été la source d'importants débats en Iran avant d'être critiquée sur la scène internationale. Elle a été poussée par l'assassinat fin novembre du physicien Mohsen Fakhrizadeh, l'un des plus hauts responsables du nucléaire iranien. Selon Téhéran, Israël aurait commandité cette attaque. Dans la foulée, le Parlement a voté cette loi.

Le gouvernement du président Rohani s'y était quant à lui opposé. Il ne voulait pas mettre davantage en péril l'accord qu'il avait porté et conclu après des années de négociations. C'est finalement le Conseil des gardiens de la Constitution, chargé d'arbitrer les litiges entre les deux institutions, qui a approuvé la loi. Ce lundi 4 janvier, le porte-parole du gouvernement a rappelé qu'il y restait opposé mais qu'il se considérait obligé de la mettre en œuvre .