Législatives : sur l'assurance-chômage, que proposent le Rassemblement National, le Nouveau Front Populaire et les autres ?

Les différents partis en campagne pour les élections législatives anticipées n'ont pas les mêmes objectifs concernant la protection des travailleurs sans emploi.

Que proposent les différents partis concernant l'assurance chômage ? (Photo : Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

La dernière réforme en date du gouvernement pourrait ne pas résister à une défaite électorale du parti présidentiel. Au cœur de nombreux débats ces dernières années en France, l'assurance-chômage constitue l'un des sujets les plus clivants de la campagne en cours pour les élections législatives des 30 juin et 7 juillet.

Il s'agit en tout cas de l'un des principaux chantiers de la présidence d'Emmanuel Macron. Après avoir déjà fait l'objet d'une première réforme en 2019 (qui n'était entrée en application qu'en 2021, en raison de la pandémie de Covid-19), puis d'une deuxième en 2022 (entrée en vigueur en 2023), les règles de l'assurance-chômage sont à nouveau en cours de modification.

Une troisième réforme en moins de cinq ans

Les deux réformes précédentes ont déjà considérablement durci les conditions d'accès à l'assurance-chômage. Avant 2021, il fallait avoir travaillé 4 mois sur les 28 derniers mois pour avoir le droit de toucher le chômage, il faut désormais avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois. Par ailleurs, la réforme de 2022 a réduit de 25% la durée d'indemnisation des chômeurs longue durée : les droits qui étaient auparavant valables pour 24 mois ne le sont plus que pour 18 mois.

À LIRE AUSSI >> Législatives : sur les retraites, que proposent les différents partis ?

Déterminé à aller encore plus loin dans le durcissement de ces règles, le gouvernement ne s'est donc pas arrêté là et a planché sur une nouvelle réforme, annoncée à la fin du mois de mai dernier, en pleine campagne pour les élections européennes. L'objectif est de réduire encore la durée d'indemnisation, qui passerait de 18 à 15 mois, mais aussi la fenêtre d'ouverture des droits : avec la nouvelle réforme, il faudra avoir travaillé 8 mois sur les 20 derniers pour pouvoir être indemnisé.

  • La coalition présidentielle ne lâche rien... mais Macron entretient le doute

Au moment de présenter cette nouvelle réforme de l'assurance-chômage, le Premier ministre Gabriel Attal avait expliqué que le gouvernement prévoyait de la faire passer par décret le 1er juillet, afin qu'elle "puisse entrer en vigueur le 1er décembre". La dissolution de l'Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron n'a semble-t-il bouleversé en rien ce calendrier.

Invité jeudi 13 juin sur France Inter, le Premier ministre a ainsi confirmé qu'"un décret sera pris d'ici au 1er juillet pour cette réforme qui reste sur des paramètres qui sont ceux qui avaient été mis en place lors de la réforme de 2019". Si la date butoir se confirme, le décret d'application pourrait donc être publié au lendemain du premier tour des élections législatives.

Le président de la République Emmanuel Macron s'est toutefois montré plutôt ambivalent sur la question de l'assurance-chômage. Ainsi, au cours de sa conférence de presse du 12 juin dernier, le chef de l'Etat a, selon Le Monde, "martelé, à maintes reprises, qu’il assumait l’introduction de nouvelles règles ayant pour effet de réduire drastiquement les droits à indemnisation des demandeurs d’emploi".

Mais le quotidien vespéral précise ensuite qu'Emmanuel Macron "a aussi paru disposé à rediscuter du contenu des mesures, annoncées à la fin mai par le gouvernement, et même de la procédure pour les mettre en vigueur". Les réelles intentions du camp présidentiel sont donc difficiles à lire en l'état et une clarification est attendue sur ce sujet dans les jour à venir.

  • Le Rassemblement National veut tuer la réforme dans l'œuf

Grand vainqueur des dernières élections européennes, le parti d'extrême droite a manifesté à plusieurs reprises, ces dernières semaines, son opposition à la dernière réforme en date de l'assurance-chômage. A la suite de l'annonce gouvernementale fin mai, le Rassemblement National (RN) a notamment lancé une pétition sur son site officiel, mais aussi voté un texte symbolique présenté en commission à l'Assemblée nationale par des députés du groupe indépendant LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires).

Invité à se positionner sur le sujet lors de son passage sur France 3 dimanche 16 juin, Jordan Bardella a confirmé son opposition à la réforme et affirmé qu'il annulerait cette dernière si le RN arrivait au pouvoir après avoir remporté les élections législatives. "Il y a des millions de Français qui sont touchés par le chômage [...]. J'en ai un peu assez qu'on demande systématiquement des efforts toujours aux mêmes", a notamment commenté le président du parti d'extrême droite, cité par BFM TV.

  • Le Nouveau Front Populaire promet d'abroger "les réformes" de l'assurance-chômage

L'opposition à la réforme annoncée fin mai par le gouvernement est l'un des seuls points de convergence entre le programme du RN et celui du Nouveau Front Populaire (NFP). Dans son programme détaillé, relayé notamment par L'Humanité, la coalition des partis de gauche promet ainsi d'abroger "les réformes de l'assurance-chômage" menées par Emmanuel Macron, dans les quinze premiers jours suivant son arrivée au pouvoir.

L'utilisation du pluriel semble toutefois indiquer que le NFP ne veut pas se contenter d'annuler la dernière réforme en date et qu'il a aussi l'intention d'abroger celles de 2019 et 2022, comme le confirme L'Humanité. L'idée est donc de revenir à la situation antérieure aux quinquennats d'Emmanuel Macron concernant les droits des personnes sans emploi.