Législatives : pourquoi la "défaite" du Rassemblement national est à relativiser

Dimanche soir, le Nouveau Front populaire a créé la surprise en obtenant une majorité relative à l’Assemblée nationale. Si le Rassemblement National échoue aux portes de Matignon, il réalise cependant un score historique à ne pas banaliser.

S’il dénonce une « alliance du déshonneur », Jordan Bardella compte toutefois un record national de votes pour son parti et de députés à l’Assemblée nationale, au terme des législatives. (Bertrand GUAY / AFP)
S’il dénonce une « alliance du déshonneur », Jordan Bardella compte toutefois un record national de votes pour son parti et de députés à l’Assemblée nationale, au terme des législatives. (Bertrand GUAY / AFP)

Un résultat surprise qui en masquerait presque les chiffres. Dimanche, le Nouveau Front populaire a largement déjoué les projections des différents instituts de sondage en obtenant une majorité relative à l'Assemblée (182 sièges) au second tour des élections législatives. La coalition de gauche devance à cette occasion Ensemble (163) et le Rassemblement National (143).

Une déception du côté du parti d'extrême droite, qui se voyait déjà une semaine plus tôt obtenir une majorité absolue. Face à cette défaite, Jordan Bardella a dénoncé une "alliance du déshonneur" entre le NFP et la majorité présidentielle, qui prive selon lui les Français "d’une politique de redressement". Le président du RN souligne toutefois "la percée la plus importante de toute son histoire" par un parti qui incarne, toujours selon lui, "plus que jamais la seule alternance".

L’arrivée en 3ème position du parti fondé par Jean-Marie Le Pen est en effet à relativiser si l'on regarde les résultats bruts. Le RN a en effet bénéficié d’un nombre de votes historiquement haut dans toute la France et d’un nombre de députés jamais vu à l’Assemblée nationale.

Un nombre de voix pour le RN historiquement haut

Hier soir, le Rassemblement national a obtenu plus de 5 millions de voix supplémentaires, par rapport aux élections législatives de 2022. Bien qu’il soit arrivé très loin de la majorité absolue, le parti des Le Pen a réalisé un score historique, aussi bien au premier tour (en obtenant 33 % des voix et 10,6 millions de votes contre 4,2 millions en 2022), qu’au second tour (en engrangeant 8,2 millions de votes, contre 3,5 millions en 2022).

Similaire au score établi par le RN à la présidentielle de 2022 (8,13 millions de voix au premier tour), ce chiffre est aussi poussé par une participation record des Français à ces législatives (près de 7 électeurs sur 10 se sont rendus aux urnes).

Un nombre record de députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale

Jamais le Rassemblement national n’avait obtenu un nombre aussi important de députés à l’Assemblée nationale. Après la fin du dépouillement, ils comptent 143 députés (dont 17 venant de l'alliance avec une partie des LR), contre 89 en juin 2022. Un score historique qui semblait déjà inévitable à l’issue du premier tour des législatives, où 38 députés étaient directement élus, tels que Marine Le Pen, Sébastien Chenu ou Julien Odoul.

Toujours très implanté dans le Pas-de-Calais et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, le RN a connu des chiffres record sur certains territoires : au moins 5 circonscriptions de Bourgogne-Franche-Comté ont basculé à l'extrême droite, mais aussi celle de Fabien Roussel dans le Nord ou de Damien Abad, dans l'Ain.

Tout cela contribue aux finances du parti : chacun des parlementaires (sénateurs et députés) rapporte un peu plus de 37 000 euros à leur formation politique, détaille LCP. Ainsi, en 2024, le Rassemblement national a touché 10,17 millions d’euros de financement public.

Dans 215 circonscriptions, des candidats Ensemble ou NFP se sont désistés face à la présence du RN au second tour, permettant ainsi la défaite de 173 de ces derniers. Ces désistements ont été "redoutables, d'une efficacité absolue", commente Gaël Sliman, le président de l'institut de sondages Odoxa, auprès de Franceinfo, permettant ainsi d’abattre le vainqueur du premier tour que représentait le Rassemblement national.

Au second tour, ces désistements ont permis un report massif des voix sur les candidats NFP (57 d’entre eux) ou Ensemble (86). La solidité de ce barrage généralisé reste pourtant fragile. Une enquête Odoxa publiée le 4 juillet révèlait que 30 % des Français souhaitent un gouvernement d'extrême droite et que 29% des sondés voient cette perspective "ni comme une bonne, ni comme une mauvaise chose".

L’échec du "plan Matignon" de Jordan Bardella est donc tout relatif. "C'est une victoire différée" assurait ce matin Sébastien Chenu, porte-parole du RN, sur France Inter, en saluant "une vague qui ne s'arrête pas de monter".