Législatives : ces duels fratricides entre candidats du même camp

Anti-Ciotti, unions RN-LR, discordes au sein du Front populaire… Dans plusieurs départements, des députés du même camp vont s’affronter le 30 juin 2024.

Éric Ciotti, qui défend une union avec le RN, se présentera à Nice face à un novice de la politique Virgile Vanier, investi par les Républicains. (STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP)
Éric Ciotti, qui défend une union avec le RN, se présentera à Nice face à un novice de la politique Virgile Vanier, investi par les Républicains. (STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP)

Depuis dimanche, les candidatures pour les législatives ont toutes été déposées. Lors du scrutin du 30 juin prochain, de nombreuses circonscriptions s’attendent à des duels RN/Front Populaire, mais aussi à des rivalités entre candidats du même bord politique. Après l’implosion de la droite, les députés Républicains se sont vite divisés en deux camps : anti et pro-Éric Ciotti.

Au moins 62 candidatures LR ont été déposées sous les couleurs du "rassemblement des droites", selon Éric Ciotti, sur un total de "près de 400" candidats annoncé par le parti des Républicains.

Dans la 1ère circonscription des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, député sortant à Nice, sera en lice contre Virgile Vanier (LR), entrepreneur quadragénaire, rapporte BFM TV. La Commission National d’Investiture, qui avait voté l’exclusion d’Éric Ciotti de la tête de son parti, a validé la candidature de ce "novice en politique".

Dans la 2ème circonscription de l’Aisne, le conseiller régional et avocat Philippe Torre, pro-Ciotti, sera investi par le RN pour affronter Julien Dive, député LR sortant. Il n’y aura aucun candidat de la majorité face à eux.

Dans le Pays basque, et la 6ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques qui s'étend de Biarritz à Hendaye, le Rassemblement National mise sur son candidat Victor Lastécouères (dont l’affiche revendique les logos du RN et "Les républicains à droite") pour faire campagne face à Emmanuelle Brisson, investie par les Républicains.

Bien que la toute nouvelle alliance a choisi de présenter un candidat unique par circonscription, le Nouveau Front Populaire compte lui aussi dans ses rangs des voix dissidentes. Si certains ont choisi de retirer leur investiture face aux candidats officiels, pour éviter un duel (comme Frédéric Mathieu, de LFI, en Ille-et-Vilaine), d’autres persistent et signent.

Raquel Garrido et Alexis Corbière, figures historiques de LFI évincées du tout Nouveau Front Populaire, notamment pour avoir porté une ligne dissidente à celle de Jean-Luc Mélenchon, ont ainsi décidé de maintenir leur candidature. Raquel Garrido, qui se revendique tout de même comme faisant partie du NFP, se présentera dans la 5ème circonscription de Seine-Saint-Denis face au militant associatif et fonctionnaire à la mairie de Drancy, lui-même controversé, Aly Diouara (LFI). Son compagnon Alexis Corbière est investi dans la 7ème circonscription du même département face à la médecin urgentiste Sabrina Ali Benali (LFI).

Toujours en Seine-Saint-Denis, 4ème circonscription, LFI a choisi de présenter son candidat Mohamed Awad face à la députée sortante Soumya Bourouaha (Parti communiste), en représailles du soutien du maire communiste de Montreuil, Patrice Bessac, à Alexis Corbière.

Dans la 6ème circonscription de l’Essonne, le député socialiste sortant Jérôme Guedj a refusé d’être investi sous la bannière Nouveau Front Populaire, "en raison de divergences profondes" avec LFI. Il affrontera la conseillère régionale d’Île-de-France Hella Kribi-Romdhane (Génération•s-LFI), qui était sa suppléante lors de son dernier mandat de député.

À Paris, c’est Danielle Simonnet, elle aussi critique vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas été réinvestie par les Insoumis. La députée LFI sortante a cependant décidé de maintenir sa candidature dans le 15e arrondissement, créant ainsi une double investiture face à l’ex-syndicaliste CGT Céline Verzeletti, choisie par LFI.

Même situation à Marseille, 5ème circonscription, où le candidat LFI officiel est Allan Popelard, face au sortant non réinvesti Hendrick Davy.

D’autres candidatures, enfin, ont créé une levée de boucliers. C’est le cas du Lyonnais de 29 ans Raphaël Arnault, investi à Avignon, dans la 1ère circonscription du Vaucluse, alors qu’il est fiché "S". Porte-parole de La Jeune Garde, un mouvement antifasciste d’ultragauche connu pour ses méthodes réputées musclées face à l'extrême droite, il devra affronter l’ex-inspecteur du travail et bénévole humanitaire Philippe Pascal. Celui-ci est soutenu par plusieurs forces de gauche, tels que le Premier secrétaire du PS du Vaucluse Lucien Stanzione, qui estime qu'il "faut garder un brin de raison".

Malgré ces double investitures, les premiers sondages de cette campagne-éclair donnent toujours le duo RN / Nouveau Front Populaire en tête. Un sondage Ifop de ce lundi place le parti de Jordan Bardella en tête avec 33 % des intentions de vote contre 28% pour l’union de la gauche, loin devant les 18% de la majorité présidentielle.