Législatives : les 4 enseignements à retenir du second tour de l'élection, de la surprise NFP à la poussée du RN

Au lendemain du verdict des urnes, que retenir du deuxième tour des élections législatives anticipées ?

La courte victoire de la gauche a été fêtée par plusieurs milliers de personnes dans les rues de Paris. (Photo : Mohamad Salaheldin Abdelg Alsayed/Anadolu via Getty Images)

Une soirée pleine de surprises, qui augure d'âpres négociations et batailles politiques dans les semaines et mois à venir. Ce dimanche 7 juillet, les électeurs étaient appelés aux urnes pour le second tour des élections législatives anticipées. Alors que de nombreux sondages annonçaient une victoire voire une majorité pour le Rassemblement National (RN), c'est finalement la gauche réunie dans le cadre du Nouveau Front Populaire qui sort victorieuse du scrutin.

  • Une participation jamais vue au XXIe siècle

Confirmant les bons chiffres du premier tour (66,71%), la participation a de nouveau été au rendez-vous ce dimanche. Selon les estimations de l'Ipsos, plus de deux tiers des électeurs inscrits, 66,63% exactement, se sont rendus dans leur bureau de vote pour participer au second tour.

Par rapport aux dernières élections législatives, qui s'étaient déroulées il y a deux ans à peine, le recul de l'abstention est spectaculaire : en 2022, plus de la moitié des inscrits (53,77%) s'étaient abstenus, alors qu'ils sont donc moins d'un tiers cette fois (32,9%).

Pour mieux mesurer la portée historique de la forte participation aux législatives 2024, on signalera qu'il s'agit du plus gros score de participation au deuxième tour dans ce type d'élections depuis le scrutin de 1997 (71,08%), qui avait d'ailleurs lui aussi fait suite à une dissolution. Rappelons toutefois qu'à l'époque, ce niveau de participation n'avait rien d'exceptionnel (67,38% en 1993 ; 69,89% en 1988).

  • La gauche victorieuse... mais sans majorité

Alors que tous les instituts de sondages prévoyaient une courte majorité pour le RN, c'est finalement l'alliance de gauche, le Nouveau Front Populaire (NFP), qui devrait sortir vainqueur du scrutin en nombre de députés. D'après Ipsos, la coalition rassemblant notamment le Parti Socialiste, Les Ecologistes, La France Insoumise et le Parti Communiste Français obtient 182 sièges.

L'union décidée en urgence par les représentants des différents partis progressistes, au lendemain des élections européennes et de la dissolution de l'Assemblée nationale, a donc atteint son but, en partie tout du moins, en faisant mieux que la NUPES en 2022 (151 sièges), mais aussi en se positionnant devant le RN et la coalition présidentielle

Le NFP reste en revanche loin de la majorité absolue (289 sièges), ce qui signifie que malgré cette victoire, la gauche ne sera pas en mesure de gouverner seule à l'Assemblée sur les bases du programme du NFP. Une donnée extrêmement importante à retenir en vue de la suite des événements et notamment de la nomination du prochain Premier ministre, qui devrait en toute logique être issu de ce camp, à moins d'une alliance entre Ensemble et LR.

  • Le macronisme reste en vie

En décidant de dissoudre l'Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives, Emmanuel Macron a fait souffler un vent de panique dans son propre camp, mais le résultat final est un moindre mal pour le camp présidentiel, que beaucoup annonçaient moribond et qui parvient à limiter les dégâts.

Avec un nombre de députés atteignant les 163 sièges, la coalition Ensemble connaît évidemment un revers de taille en perdant près d'une centaine d'élus (elle rassemblait 250 députés dans la précédente Assemblée, élue en 2022), mais se situe dans la fourchette haute des projections faites par les instituts de sondage entre les deux tours.

La coalition présidentielle se classe en deuxième position des forces politiques à l'Assemblée, ce qui permet au camp macroniste de continuer à exister politiquement en dehors du chef de l'Etat. Reste à voir quel pourra être le rôle des députés Ensemble dans un contexte de guerre de positions au Palais Bourbon.

  • Le RN n'est pas passé si loin

A la lecture des résultats bruts de ce deuxième tour, on pourrait être tenté de penser que le RN a connu un coup d'arrêt après les succès éclatants des européennes et du premier tour des législatives. La réalité des chiffres pourrait cependant être bien plus complexe car si le RN échoue à obtenir la majorité à l'Assemblée, sa percée électorale se poursuit tout de même indubitablement.

Par rapport à leurs adversaires politiques de gauche, du centre et de la droite, le parti d'extrême droite et ses alliés obtiennent 143 sièges. Inférieur aux projections, le chiffre définitif est néanmoins, et de toute façon, largement supérieur au nombre de députés RN dans la mandature précédente (89).

On peut également noter que dans de nombreuses circonscriptions, les candidats du RN se sont inclinés de peu au deuxième tour, réalisant souvent des scores dépassant les 45%. On peut ainsi citer l'exemple de Marie-Caroline Le Pen, la sœur de Marine, battue d'un souffle dans la Sarthe (49,8%) ou celui de Nathalie Ribeiro Billet, qui était opposée au député sortant François Ruffin dans la Somme et a finalement été battue par moins de 4 points d'écart (48,1%). Globalement, il semble donc difficile d'affirmer que le RN a rassemblé moins d'électeurs à l'occasion de ce second tour.