Le risque de guerre de guérilla existe en Crimée, dit Timochenko

par Andreas Rinke
Un rattachement de la Crimée à la Russie créerait les conditions d'une "guerre de guérilla" dans la péninsule ukrainienne, prévient l'ex-opposante Ioulia Timochenko dans une interview accordée vendredi à l'agence Reuters. /Photo prise le 7 mars 2014/REUTERS/Suzanne Plunkett

par Andreas Rinke

DUBLIN (Reuters) - Un rattachement de la Crimée à la Russie créerait les conditions d'une "guerre de guérilla" dans la péninsule ukrainienne, prévient l'ex-opposante Ioulia Timochenko dans une interview accordée vendredi à l'agence Reuters.

L'ancienne Première ministre ukrainienne, libérée de prison le jour de la chute de Viktor Ianoukovitch, estime aussi que les mesures prises à ce jour par les Etats-Unis et les Européens n'ont pas produit les effets escomptés et appelle donc à une étape supplémentaire pour empêcher que la région ne devienne une "poudrière".

"A ce jour, les instruments qui ont déjà été mis en oeuvre par les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont produit aucun effet tangible", a-t-elle dit.

"S'ils ne produisent pas de résultats, il n'y aura qu'une alternative: soit opter pour des sanctions plus fortes - et j'ai proposé un ensemble de mesures économiques non violentes -, soit céder la Crimée à (Vladimir) Poutine".

Présente à Dublin pour la réunion du Parti populaire européen, Timochenko avait prévenu dès jeudi soir ses interlocuteurs européens des risques induits par le référendum annoncé pour le 16 mars par les autorités de la République autonome de Crimée sur un rattachement à la Russie.

"Si vous autorisez la Russie à organiser, sous la menace, le 16 mars un référendum sur l'annexion de la Crimée, vous perdrez l'Ukraine et la stabilité dans l'ensemble du monde", a-t-elle prévenu lors de cette réunion à laquelle assistaient notamment la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre polonais Donald Tusk ou encore le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

"OÙ S'ARRÊTERA POUTINE?"

Dans l'interview qu'elle a accordée à Reuters, à la suite d'un entretien avec Angela Merkel, elle va un peu plus loin.

Ce référendum, dit-elle, aura comme "conséquences immédiates de déclencher une guerre de guérilla".

"Ce serait une véritable poudrière sur la mer Noire", ajoute-t-elle. "Si Poutine est autorisé à se servir d'instruments à composante militaire dans le cas de la Crimée, où s'arrêtera-t-il ?"

Le président russe "ira aussi loin qu'il aura la latitude de le faire", dit-elle, anticipant une déstabilisation totale de la région et un "conflit permanent".

Aussi réclame-t-elle des sanctions plus fortes pour contraindre Moscou à rejeter le projet de rattachement et à se replier de la Crimée où, selon les nouvelles autorités de Kiev, 30.000 soldats russes sont désormais présents.

"Elles devront être très convaincantes pour Poutine, lui signaler le plus fortement possible qu'on ne tolérera pas cela", note-t-elle.

Timochenko rappelle également les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à leurs obligations légales de défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Washington et Londres sont, avec Moscou, cosignataires du Mémorandum de Budapest, en 1994, qui a garanti la sécurité de l'Ukraine en échange du transfert vers la Russie de ses arsenaux nucléaires hérités de l'Union soviétique.

"Le droit international définit clairement les pays garants, à savoir les Etats-Unis et le Royaume-Uni", dit-elle.

(avec John O'Donnell; Henri-Pierre André pour le service français)