Le Québec a besoin de mairesses !

Sarah Champagne
Yahoo Québec Actualités
Le Québec a besoin de mairesses !

Qu’ont en commun tous les témoins aperçus à la commission Charbonneau depuis un an ? Ce sont des hommes. Les élues municipales échappent curieusement aux scandales de corruption.

Bien entendu, loin de nous l’idée de faire des rapprochements douteux entre le sexe d’un élu et sa propension à la corruption, mais il faut tout de même reconnaître que les rares mairesses du Québec font souvent un travail honorable. Pensons à Colette Roy-Laroche, la mairesse de Lac-Mégantic, ou Caroline St-Hilaire, qui siège à Longueuil.

À l’approche des prochaines élections municipales, le Québec serait-il mûr pour plus de mairesses ? Et pourquoi sont-elles si rares ?

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Une course à la testostérone


Les femmes occupent seulement 16 % des postes de maires et représentent à peine plus du quart de tous les élus municipaux. En politique provinciale et fédérale, le tableau n’est guère plus reluisant, même si le nombre de candidatures féminines augmente à tous les paliers.

Champ de bataille, arène, militant, victoire, défaite. Le champ lexical utilisé durant les campagnes électorales est quasi-militaire. Une odeur de mâle flotte décidément autour de la politique.

Ces jours-ci, à découvrir le véritable fonctionnement du monde municipal, on est tenté de croire que la politique, c’est sale, c’est croche, c’est méchant. Tout le contraire de l’archétype féminin qui colle encore — malgré tout — à la peau des femmes. Trop gênées, trop gentilles, trop isolées ? Pas assez corrompues?

Pour certaines, le boy’s club est effectivement dur à pénétrer. Les manières de faire, comme l’intimidation, ne sont évidemment pas exclusives aux hommes. Les femmes y seraient-elles plus sensibles ? Blanche Paradis, coordonnatrice du Réseau des tables de concertation des groupes de femmes soutient «qu’elles peuvent jouer du coude, mais ce n’est pas leur mode de fonctionnement favori.» Les femmes seraient donc repoussées par la compétition féroce et les coups de gueule.

Elle poursuit: «le monde politique a ses règles et ceux qui y sont, les hommes, choisissent d’autres “membres de leur club». Bref, l’inertie culturelle ne vient pas à bout des anciens moules.

Une question de perception

Elsie Lefebvre, conseillère municipale dans l’arrondissement Villeray, n’est pas tout à fait de cet avis. Même après avoir subi les foudres de l’ancien premier ministre Jean Charest, qui l’a traitée de «chienne» alors qu’elle était députée péquiste en 2005, elle affirme sentir le respect mutuel de ses collègues.

«Non, la politique n’est pas plus difficile pour les femmes.» C’est plutôt faire le saut en politique qui est plus difficile et plus lent pour le beau sexe. Pas qu’elles n’aient pas les compétences nécessaires, mais «elles doutent plus d’elles-mêmes, se questionnent plus longtemps sur la décision», observe Elsie Lefebvre.

Pour convaincre les femmes de foncer et de prendre leur place en politique, l’organisme que coordonne Mme Paradis les amène justement à prendre conscience de leurs compétences, de leur expérience, de leur savoir-être. Il faut savoir s’admirer davantage.
 
Le rattrapage égalitaire s’est pourtant concrétisé dans plusieurs autres domaines. En médecine par exemple, «mais la médecine c’est encore “prendre soin de“», remarque Blanche Paradis. Bref, elles sont en plus grande proportion dans des «prolongements» de leur rôle traditionnel. Et la tradition continue de peser lourd, même dans la tête des femmes.

La mère, l’élue

Qui ne sait pas que la condition familiale des femmes explique aussi les réticences? «Les horaires atypiques et imprévisibles pèsent sur l’organisation d’une famille», fait remarquer Elsie Lefebvre, qui a eu deux enfants depuis qu’elle est entrée en politique. On sent à la fois la mère et la politicienne quand elle s’exclame. «Il n’y avait même pas de table à langer à l’hôtel de ville quand j’ai commencé à siéger.» Une salle d’allaitement munie d’un tel mobilier a depuis été aménagée.

Pourquoi vouloir attirer plus de femmes en politique, si ce n’est pour «pour faire de la politique autrement» comme le veut Mme Paradis ? Pour celle qui est déjà élue municipale, en plus d’une question de parité, «c’est pour avoir des institutions qui incarnent la diversité de la population.»

Surtout, elles pourraient être le nouveau souffle dont la démocratie municipale a grandement besoin. Les femmes pour faire le ménage ?

Désolé, la blague était trop facile.