Le PS en plein brouillard avant les législatives

par Elizabeth Pineau et Emile Picy
Sonné par la débâcle de Benoît Hamon au premier tour de l'élection présidentielle, les députés socialistes envisagent avec inquiétude les législatives de juin pour lesquelles une plate-forme programmatique sera dévoilée la semaine prochaine. /Photo prise le 24 avril 2017/REUTERS/Vincent Kessler

par Elizabeth Pineau et Emile Picy

PARIS (Reuters) - Sonné par la débâcle de Benoît Hamon au premier tour de l'élection présidentielle, les députés socialistes envisagent avec inquiétude les législatives de juin pour lesquelles une plate-forme programmatique sera dévoilée la semaine prochaine.

Une incertitude mêlée de crainte étreint les candidats des deux grands partis défaits au premier tour, déjà en campagne pour nombre d'entre eux.

Majoritaire depuis cinq ans, le Parti socialiste a le plus à perdre et le score calamiteux de 6,36% obtenu dimanche par Benoît Hamon n'aide pas à l'optimisme.

"C'est quand même un coup de bambou. Avec des parlementaires qui, forcément, se demandent ce que sera le delta entre le score accordé à Benoît Hamon et celui qu'on leur accordera", décrypte Olivier Faure, président du groupe socialiste à l'Assemblée.

Le PS, qui a désigné environ 400 candidats sur 577, tentera de surmonter ses divisions pour mettre au point une plate-forme programmatique discutée en Bureau national la semaine prochaine.

Pour l'heure, le parti de Jean-Christophe Cambadélis, de même que François Hollande et tout le gouvernement, appellent à faire barrage au Front national le 7 mai en votant pour Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche !

C'est le thème d'un meeting organisé mardi prochain à Dijon (Côte d'Or), en présence du Premier ministre, Bernard Cazeneuve.

"Finalement pour le deuxième tour, quels sont les partis qui prennent leurs responsabilités clairement ? Il n'y en a pas tant que ça. Il y a les socialistes, les communistes, les écologistes et le PRG. En fait, toute la gauche sauf Jean-Luc Mélenchon", dit Olivier Faure, qui fustige les atermoiements sur le sujet de la droite, qui appelle à faire barrage à Marine Le Pen.

"Il y a un appel au réveil indispensable. On ne peut pas laisser penser que c'est le voisin qui ira faire le vote qui permettra d'éviter le Front national", dit-il. "A ce compte-là, la surprise n'est pas impossible à imaginer pour le 7 mai".

Pour nombre de députés, appeler à voter pour Emmanuel Macron ne revient pas à donner un "chèque en blanc" au finaliste, dont le cavalier seul irrite nombre de socialistes.

"Il a vraiment réalisé le hold-up du siècle", résume un haut responsable pour qui une improbable finale de victoire de Marine Le Pen équivaudrait à "un braquage avec effusion de sang".

TROISIÈME TOUR

En secret, le PS espère sauver une centaine d'élus - "ça peut être 50, comme 150", sourit un député -, sans préjuger de la stratégie en cas de victoire du candidat d'En Marche !

"Après la présidentielle viendra un vrai troisième tour au cours duquel se définiront les rapports de force", dit Olivier Faure. "C'est seulement à l'issue des législatives que l'on saura la politique qui devra être menée pour notre pays".

Dimanche, certains lieutenants de Benoît Hamon prônaient le dialogue avec Jean-Luc Mélenchon, fort de 19,5% des voix.

Mardi à la Maison de la chimie, Manuel Valls appelait pour sa part de ses voeux "la réussite du quinquennat d'Emmanuel Macron" s'il accède à l'Elysée.

"Jean-Luc Mélenchon n'a aucune intention de négocier et Emmanuel Macron non plus. C'est effrayant ces gens qui courent après des têtes de pont qui les humilient continuellement en leur claquant la porte sur les doigts", grogne un responsable PS.

De fait, Emmanuel Macron campe sur sa position de présenter des candidats En Marche ! dans la totalité des circonscriptions.

Olivier Faure, lui-même candidat en Seine-et-Marne, prédit une campagne au cas par cas. "Il y a 577 élections législatives. Chacune sera différente", dit-il.

Quant à l'avenir du PS né en 1971 au congrès d'Epinay dont Manuel Valls a d'ores et déjà annoncé le décès, le patron des députés PS refuse de l'enterrer trop tôt.

"C'est la fin d'un cycle, c'est indiscutable. Mais le Parti socialiste ne mourra pas tant qu'existeront des inégalités, des discriminations, des injustices. Tant qu'il y aura besoin d'une gauche capable de s'indigner et de gouverner", dit-il.

(Edité par Yves Clarisse)

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