Le PS condamné à se refonder après une lourde défaite

par Elizabeth Pineau et Cyril Camu
Le score historiquement bas de Benoît Hamon, crédité d'environ 6% des voix, impose à un Parti socialiste moribond une réflexion sur son avenir et, à court terme, sur sa stratégie pour les législatives qui risquent d'être aussi catastrophiques. /Photo prise le 23 avril 2017/REUTERS/Vincent Kessler

par Elizabeth Pineau et Cyril Camu

PARIS (Reuters) - Le score historiquement bas de Benoît Hamon, crédité d'environ 6% des voix, impose à un Parti socialiste moribond une réflexion sur son avenir et, à court terme, sur sa stratégie pour les législatives qui risquent d'être aussi catastrophiques.

Sans s'appesantir sur la contre-performance de son candidat, le parti au pouvoir a appelé à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage à l'autre finaliste du premier tour de la présidentielle, la dirigeante du Front national Marine Le Pen.

Peu audible durant la campagne, Benoît Hamon a été en partie victime du "vote utile", les électeurs de gauche ayant préféré voter pour Emmanuel Macron ou le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, bien mieux placés que lui dans les sondages.

Chez ce dernier comme au PS, beaucoup ont regretté l'absence d'une candidature commune qui aurait préservé les chances de la gauche.

"Dans mon entourage, parmi les gens qui voulaient voter Hamon au départ, la moitié ont finalement voté utile", a déclaré Serge, un militant de 70 ans rencontré salle de La Mutualité à Paris, où Benoît Hamon avait convié dimanche ses partisans.

Quinze ans après le choc du 22 avril 2002, qui avait vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour au détriment de Lionel Jospin, le Premier ministre Bernard Cazeneuve, chef de la majorité, a appelé "tous les républicains" à voter Macron "pour battre le Front national et faire échec à son projet funeste de régression de la France et de division des Français".

"JE NE DÉSERTERAI JAMAIS", DIT HAMON

Le président François Hollande, qui "s'exprimera rapidement" en vue du second tour selon son entourage, a félicité par téléphone son ancien protégé.

Après avoir salué "la campagne courageuse" de Benoît Hamon, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis est resté prudent sur Twitter : "Le 2e tour n'est pas gagné. Le PS va devoir se rassembler pour faire barrage au FN".

Dans son allocution prononcée peu après l'annonce de sa défaite qu'il a lui-même qualifiée de "profonde meurtrissure", Benoît Hamon a pris date en prônant la refonte d'une gauche fracturée.

"L'heure est grave. Le combat continue, dès le second tour de l'élection, dès les législatives", a dit l'ancien député "frondeur", qui briguera un nouveau mandat les 11 et 18 juin.

"Ce soir, je ne pense qu'à ceux qui nous attendent", a-t-il dit, évoquant l'avenir. "Je ne les abandonnerai jamais, je ne déserterai jamais, pas seulement parce que c'est le devoir de la gauche, mais parce que c'est le combat de ma vie".

Alors que nombre de socialistes, notamment l'ancien Premier ministre Manuel Valls, se sont tournés vers Emmanuel Macron bien avant le premier tour, Benoît Hamon s'est démarqué du candidat d'En Marche !, même s'il a appelé à voter pour lui le 7 mai.

"Celui-ci n'appartient pas à la gauche et n'a pas vocation à la représenter demain", a-t-il dit, qualifiant le finaliste d'"adversaire politique".

Sur Twitter, Manuel Valls a dit son intention de voter à nouveau Emmanuel Macron, tout en ajoutant : "Chacun doit mesurer la gravité du moment et tout faire pour rassembler".

"LA PELLE, LA PIOCHE ET RECONSTRUIRE"

A La Mutualité, la déception a fait rapidement place à la mobilisation en vue des combats futurs.

"Demain, il faut prendre la pelle, la pioche et reconstruire, reconstruire grave", a déclaré Jérôme Guedj, l'un des porte-parole de Benoît Hamon. "Il faut reconstruire avec les électeurs de gauche. Il y a des électeurs de gauche qui ont voté Mélenchon, chez Hamon et chez Macron. Maintenant, ça va être le troisième tour avec les élections législatives".

Mathieu Hanotin, co-directeur de campagne de Benoît Hamon, a plaidé pour l'organisation rapide d'un "nouvel Epinay", congrès de 1971 fondateur du PS dans sa forme actuelle qui avait permis à François Mitterrand de devenir le premier président socialiste de la Ve République en 1981.

"Il faut réfléchir sur les espaces politiques plutôt qu'avec les appareils. Il faudra parler avec Jean-Luc Mélenchon, c'est évident", a estimé ce député situé à l'aile gauche su PS.

Le scrutin parlementaire s'annonce comme un moment stratégique majeur pour le PS, actuellement majoritaire à l'Assemblée nationale avec 288 députés. Bernard Cazeneuve s'est déclaré "disponible" pour mener le combat, même si lui-même ne brigue pas de nouveau mandat.

Le parti, qui a désigné pour l'heure environ 400 candidats et passé un accord avec Europe Ecologie-Les Verts dans une quarantaine de circonscriptions, a fait preuve de prudence vis-à-vis d'En Marche! pour ne pas insulter l'avenir en cas de victoire finale d'Emmanuel Macron.

Les circonscriptions promises aux écologistes comprennent une dizaine de territoires tenus par des députés PS sortants passés dans le giron d'Emmanuel Macron. Ce schéma permet d'éviter au PS d'exclure ces élus, la règle édictée par le parti voulant en effet que tout candidat d'En Marche! confronté à un socialiste soit expulsé du parti.

(Avec Cyril Camu, édité par Yves Clarisse)

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