Le principal syndicat sud-africain divorce de l'ANC

Le principal syndicat d'Afrique du Sud, le Syndicat national de la métallurgie (Numsa), a rompu vendredi les liens historiques qui le rattachaient au Congrès national africain (ANC) et demandé la démission du président Jacob Zuma. /Photo prise le 16 décembre 2013/REUTERS/Thomas Mukoya

par Peroshni Govender

JOHANNESBURG (Reuters) - Le principal syndicat d'Afrique du Sud, le Syndicat national de la métallurgie (Numsa), a rompu vendredi les liens historiques qui le rattachaient au Congrès national africain (ANC) et demandé la démission du président Jacob Zuma.

Le Numsa, qui revendique 330.000 adhérents, est la principale composante de la confédération syndicale Cosatu, l'une des trois formations au pouvoir avec l'ANC et le Parti communiste (SACP). Mais sa direction est en conflit avec ces trois entités, auxquelles elle reproche de mener une politique trop favorable aux milieux d'affaires.

"Le Numsa en tant qu'organisation ne soutiendra pas l'ANC ni aucun autre parti politique (lors des élections générales) en 2014", a dit son secrétaire général, Irvin Jim, lors d'une conférence de presse. "Il est clair que la classe ouvrière ne peut plus considérer l'ANC ou le SACP comme des alliés de classe dans le sens le plus logique du mot", a-t-il ajouté.

Le divorce entre le Numsa et l'ANC constitue un signe supplémentaire de l'éclatement du front commun forgé pendant les années de lutte contre l'apartheid, mais mis à mal par la mort sous les balles des policiers l'an dernier de 34 mineurs en grève au puits de Marikana, propriété du groupe Lonmin.

Jacob Zuma a été hué par la foule le 10 décembre lors de la cérémonie organisée au Soccer City Stadium de Johannesburg en hommage à Nelson Mandela. Le président sud-africain a provoqué un tollé en faisant procéder sur fonds publics à des travaux de sécurité dans sa résidence privée pour un montant de 21 millions de dollars.

En dépit de ce retrait, qui le privera de la formidable machine à mobiliser les électeurs que constitue le syndicat des métallos, l'ANC devrait remporter de nouveau les élections l'année prochaine. Mais si le parti passe sous son étiage habituel, autour de 60% des voix, la question de l'avenir de Jacob Zuma pourrait se poser avec force.

PÔLES CONTRAIRES

"C'est un coup très sérieux porté à l'ANC. Le Numsa représente le coeur de la classe ouvrière africaine urbanisée et c'est la défection d'un allié historique", relève le politologue Nic Borain.

D'autant que la base électorale de Jacob Zuma, issu de l'ethnie zouloue dont il entretient les traditions comme la polygamie, se retrouve essentiellement dans les zones rurales de sa province du KwaZulu-Natal.

"On a le sentiment que deux pôles se constituent, l'un rural et fondé sur une base ethnique, l'autre urbain et fondé sur la classe ouvrière africaine, et que ce dernier pôle est en train de quitter l'ANC", poursuit Nic Borain.

Ce clivage pourrait s'accentuer du fait de la décision du Numsa de recruter des adhérents dans d'autres secteurs industriels, notamment dans le secteur minier dominé par le Syndicat national des mineurs (Num), aligné sur les positions de la Cosatu et de l'ANC.

Or, ce bastion syndical est déjà fragilisé par l'émergence d'une Association des syndicats de mineurs et de la construction Union (Amcu) qui a donné lieu à des affrontements meurtriers.

"Si le Numsa entre en concurrence avec eux, cela rehaussera considérablement les risques d'instabilité dans le secteur minier", ajoute Nic Borain.

Pascal Liétout et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser