Le Pen et Macron ne retiennent plus leurs coups

par Simon Carraud
"Heures sombres", "petits fours" et visites à l'improviste de Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur un piquet de grève : la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle s'est brusquement durcie, mercredi, après deux jours de flottement. /Montage réalisé le 23 avril 2017REUTERS/Charles Platiau

par Simon Carraud

AMIENS, Somme (Reuters) - "Heures sombres", "petits fours" et visites à l'improviste de Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur un piquet de grève : la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle s'est brusquement durcie, mercredi, après deux jours de flottement.

C'est un déplacement de Marine Le Pen sur le parking du site Whirlpool d'Amiens (Somme), dont le numéro un mondial de l'électroménager veut délocaliser la production, qui a déclenché cette poussée de fièvre à une semaine et demie du dénouement.

Son adversaire, qui était initialement venu à Amiens pour rencontrer des représentants syndicaux à la chambre de commerce, a répondu au défi en se rendant à son tour à l'entrée de l'usine, une fois Marine Le Pen partie, dans un climat d'abord houleux, puis plus propice aux échanges avec les salariés.

"Quand j'ai appris qu'Emmanuel Macron n'entendait pas rencontrer les salariés (...) mais qu'il allait à l'abri dans je-ne-sais-quelle salle de la chambre de commerce pour rencontrer deux ou trois personnes triées sur le volet, j'ai trouvé que c'était une preuve de mépris", a attaqué Marine Le Pen.

La présidente en congé du Front national, qui a organisé cette visite à la dernière minute, a été reçue pendant une vingtaine de minutes par un comité d'accueil chaleureux, composé pour une part de personnes visiblement déjà acquises à sa cause.

"Je suis à ma place (...) Je ne suis pas en train de manger des petits fours avec des représentants qui en réalité ne représentent qu'eux-mêmes", a raillé l'eurodéputée, qui occupait quasiment à elle seule le terrain médiatique depuis lundi.

"Emmanuel Macron, on sait de quel côté il est. Il est du côté de l'oligarchie, il est du côté du Medef."

RETRECISSEMENT DANS LA HAINE

Réplique immédiate de l'ancien ministre de l'Economie, natif d'Amiens : "Je ne suis pas né dans un château et je ne suis l'héritier d'aucun système pour ma part", a-t-il décoché en préambule d'une conférence de presse, après sa rencontre avec les syndicalistes de Whirlpool.

"La France n'a jamais été ce qu'elle propose. La France n'a jamais été ce rétrécissement dans la haine, sauf à quelques heures sombres", a-t-il poursuivi, dans une allusion aux années 1930 et 1940. "Le choix qui est fait, c'est le choix d'un clan, qu'on connaît bien, celui de son père (Jean-Marie Le Pen-NDLR)", a encore déclaré Emmanuel Macron.

Au passage, il a présenté le cofondateur du FN comme un dirigeant "qui s'est (...) constamment érigé contre l'histoire de France, contre la grande France, qui s'est construit contre le général de gaulle et l'esprit de la Ve (République-NDLR), qui s'est construit ensuite contre les valeurs humanistes (...), qui s'est construit avec le ressentiment, la haine et le rejet".

Il s'est ensuite rendu sur le parking de Whirlpool, où son arrivée a provoqué une cohue longue de plusieurs dizaines de minutes, contrastant avec le calme des images lors du passage de Marine Le Pen.

Dans la confusion, les sifflets et les "Marine présidente" ont d'abord fusé. Puis l'atmosphère s'est apaisée et Emmanuel Macron a pu entamer des discussions avec ses interlocuteurs, avant de repartir, 1h30 plus tard, en serrant des mains.

DESCENTE DANS L'ARÈNE

Dans la foule, se trouvaient de nombreux journalistes, des gardes du corps, des salariés, des militants du Front national ainsi que le journaliste et militant de gauche François Ruffin, qui a débattu avec le candidat pendant quelques minutes.

Aucun des deux candidats ne s'était jusqu'à présent rendu à l'usine Whirlpool, dont le géant de l'électroménager a annoncé la fermeture en janvier.

Au-delà de son aspect spectaculaire, cette descente dans l'arène a permis aux deux adversaires du second tour d'illustrer leur opposition de fond, l'une dénonçant les dégâts d'une "mondialisation sauvage", l'autre craignant les risques pour l'économie d'une fermeture des frontières.

Se joue notamment l'enjeu de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, que Marine Le Pen espère en partie capter par ses prises de position contre la "concurrence déloyale" ou le "libre échange intégral".

Jusque-là, Marine Le Pen avait donné le tempo de la campagne d'entre-deux-tours, en multipliant les déplacements et en profitant de la controverse causée par le dîner d'Emmanuel Macron le soir du premier tour à la Rotonde, une brasserie réputée de Paris.

"Eh, Manu, tu redescends ?", l'a apostrophé le journal Libération en une de son édition de mercredi.

Le fondateur d'En marche ! a par ailleurs reçu l'appui de Nicolas Sarkozy, qui a annoncé dimanche qu'il voterait pour lui, sans pour autant soutenir son projet.

Mais la droite n'a pas renoncé à l'idée de prendre sa revanche lors des législatives et de contraindre le vainqueur de la présidentielle à une cohabitation, auquel cas François Baroin pourrait postuler au poste de Premier ministre.

Les sondages continuent à placer Emmanuel Macron largement en tête, avec 60% des intentions de vote dans la dernière étude d'Opinionway-Orpi et 60,5% dans celle d'Ifop-Fiducial. [L8N1HY6SI]

(Avec Gérard Bon à Paris, Pascal Rossignol et Reuters TV à Amiens, édité par Yves Clarisse)

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