Le parquet ouvre une enquête sur la plainte de Macron

par Emmanuel Jarry
Emmanuel Macron a porté plainte contre X pour faux, usage de faux et diffusion de fausses nouvelles à la suite d'allégations diffusées sur les réseaux sociaux et évoquées par Marine Le Pen lui attribuant un compte dans un paradis fiscal, a appris Reuters jeudi, auprès du Parquet de Paris. /Photo prise le 28 avril 2017/REUTERS/Régis Duvignau

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le parquet de Paris a ouvert jeudi une enquête après une plainte contre X d'Emmanuel Macron pour faux, usage de faux et propagation de fausses nouvelles visant à influencer le déroulement de l'élection présidentielle.

L'ex-ministre de l'Economie et son mouvement En Marche ! accusent Marine Le Pen et ses alliés du Front national d'avoir propagé de fausses informations à son encontre.

Lors de leur débat télévisé de mercredi, la candidate du FN, qui a multiplié les attaques ad hominem, a lancé au favori des sondages : "J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas."

Au même moment, des comptes Twitter réputés proches des militants pro-Donald Trump ou liés à la Russie diffusaient des messages prétendant pointer vers des documents accusant l'ex-ministre de l'Economie d'"évasion fiscale".

"Quand ces fausses informations touchent des sujets aussi graves, il faut réagir de manière immédiate. C'est pourquoi j'ai souhaité saisir la justice dès aujourd'hui", a déclaré Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse, à Albi (Tarn).

"Je ne laisse pas passer cela", a-t-il encore dit en dénonçant des "fake news" qui, selon lui, "menacent les démocraties" et "peuvent déstabiliser des gens qui abordent la campagne uniquement par les réseaux sociaux".

Sur France Inter, l'ancien ministre a par ailleurs démenti les insinuations de Marine Le Pen : "Non je n'ai pas de compte aux Bahamas, je n'ai jamais eu de compte dans quelque paradis fiscal que ce soit."

"Mme Le Pen lance cela. Elle a derrière des troupes sur internet qui se mettent en place", a ajouté l'ancien ministre, qui a accusé les "alliés" de la candidate du FN de l'avoir "matraqué de fausses annonces et mensonges" pendant la campagne et d'être "pour certains liés à des intérêts russes".

La campagne de tweets accusant Emmanuel Macron d'évasion fiscale avait commencé à circuler juste avant le débat.

TENTATIVE DE DÉSTABILISATION

Selon l'équipe du candidat d'En Marche !, l'un d'eux émanant d'un militant pro-Donald Trump a été relayé massivement par des comptes de soutien au président américain, puis par des comptes liés à la Russie. Ce que confirme Nicolas Vanderbiest.

Les documents évoqués par ces tweets "sont des faux grossiers", déclare En Marche ! dans un document qui décortique cette cybercampagne.

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, saisie par l'association de lutte contre la corruption Anticor, avait déclaré en mars n'avoir relevé aucune incohérence dans la déclaration de patrimoine d'Emmanuel Macron.

"Depuis hier soir, Emmanuel Macron est la cible d'une tentative de déstabilisation soigneusement orchestrée", a écrit le conseiller en communication d'Emmanuel Macron, Sylvain Fort, dans un communiqué. "Il est à noter que cette opération s'est invitée de curieuse manière à la fin du débat d'entre-deux-tours (...) dans la bouche de Mme Le Pen."

A la suite de la plainte d'Emmanuel Macron, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour divulgation de fausses nouvelles en vue de "surprendre ou détourner les suffrages, faux, usage de faux, recel de faux". Enquête confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Cette campagne était déjà riche en épisodes judiciaires.

Le candidat de la droite, François Fillon, a ainsi été mis en examen dans une affaire d'emplois fictifs présumés révélée par le Canard enchaîné (lui-même a porté plainte pour divulgation de fausses nouvelles) qui a contribué à son élimination.

DÉBAT IMPOSSIBLE

Le Parlement européen a pour sa part lancé, trois jours après le premier tour, une procédure de levée de l'immunité de Marine Le Pen, mise en cause pour utilisation présumée frauduleuse de fonds de l'Union européenne.

Cela a valu à la candidate du FN d'être accusée mercredi soir d'être à la tête du "parti des affaires".

Interrogée jeudi par BFMTV, elle s'est défendue d'avoir porté des accusations ou émis des insinuations contre son adversaire et a dit se borner à soulever des questions.

"Je ne veux pas qu'on découvre (...) des choses, peut-être trop tard, qui concernent Emmanuel Macron", a-t-elle déclaré.

Le vice-président du FN et conjoint de Marine Le Pen, Louis Aliot, a renchéri sur Europe 1 : "Il y a deux sites américains qui parlent justement d'une évasion fiscale de M. Macron (...) Sûrement que ça sortira dans la journée."

Pour le constitutionnaliste et professeur de droit public Philippe Cossalter, cet épisode et le ton du débat de mercredi "dénotent une volonté (du FN) de s'affranchir de toute règle".

Il juge la stratégie de Marine Le Pen comparable à celle de Donald Trump, qui a déstabilisé la démocrate Hillary Clinton lors de la dernière campagne présidentielle américaine à coup d'attaques outrancières et de contre-vérités reprises par des réseaux sociaux parfois soupçonnés de liens avec la Russie.

"Trump, au moins, on comprenait ses messages. Là, on a compris que Marine Le Pen n'avait pas grand-chose à dire", a-t-il déclaré à Reuters. "Ça montre qu'avec l'extrême droite, il n'y a pas de débat possible."

(Emmanuel Jarry et Myriam Rivet, avec Johanna Decorse à Albi, édité par Simon Carraud)

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